Le bilan Hollande divise les sociaux-démocrates européens

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Mediapart donne la parole à des dirigeants sociaux-démocrates, de l'Espagne à la Grèce, de l'Allemagne à la Pologne, pour dresser un bilan des deux années de François Hollande au pouvoir. Tous reconnaissent que cette première séquence n'a pas donné les résultats escomptés, en France comme en Europe. Mais beaucoup font aussi le parallèle avec les années Schröder en Allemagne et prônent la patience...

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Avec l'arrivée de Matteo Renzi au pouvoir en Italie en début d'année, François Hollande a pris un coup de vieux. Il n'est plus le « leader » incontesté de la famille sociale-démocrate en Europe. Dans la foulée de son élection en 2012, il avait pourtant incarné une promesse qui avait fédéré nombre de socialistes à travers tout le continent : la « réorientation » de l'Europe, vers plus de croissance. Son « pacte de croissance », négocié à l'été 2012, avait suscité des espoirs, en particulier dans les pays du Sud, pour sortir l'Union du marasme économique.

Deux ans plus tard, qu'en disent les « partis frères » du PS à travers l'Europe ? Quel bilan dressent-ils des premières années du quinquennat Hollande ? Comment analysent-ils la déroute électorale, aux municipales puis aux européennes de 2014 ? Mediapart s'est entretenu avec six représentants de la social-démocratie, originaires de Grèce, d'Espagne, d'Allemagne, de Pologne, de Belgique et d'Italie. Certains sont au pouvoir, d'autres dans l'opposition. Et la plupart d'entre eux sont conscients que la social-démocratie n'est pas encore parvenue à se réinventer, face à la crise.

S'ils reconnaissent tous, de manière plus ou moins dure, que « la présidence de François Hollande n'est pas une présidence facile », pour reprendre la formule du secrétaire d’État italien Sandro Gozi, ils sont nombreux, aussi, à défendre le couple Hollande-Valls, en assumant le parallèle avec le réformisme des années de Gerhard Schröder en Allemagne – un exemple pour la plupart d'entre eux.  

« L'élection de François Hollande avait soulevé en Grèce une grande vague d'optimisme – pas seulement dans les rangs des socialistes du PASOK, mais aussi chez les conservateurs de Nouvelle Démocratie et dans l'électorat en général. Il y avait une volonté de mettre fin à l'Europe du duo Sarkozy-Merkel, et nous étions convaincus que Hollande allait favoriser cette réorientation de l'UE, que la France allait jouer un grand rôle sous son mandat », se souvient Evi Christofilopoulou, une élue socialiste grecque, aujourd'hui ministre adjointe à la réforme administrative au sein du gouvernement.

« Malheureusement la France n'a pas fait grand-chose, et la déception en Grèce a été grande, à gauche comme à droite. Nous voulions la fin du tout-austérité, une politique de croissance, l'accélération de l'union bancaire, et un changement de la politique de la Banque centrale européenne. Rien de tout cela n'est arrivé : François Hollande n'a pas su profiter du poids que la France a de facto au niveau européen, et sur le plan intérieur, les socialistes n'ont pas mené une politique socialiste. »