Fraude fiscale: effrayé par la prison, Ronaldo veut négocier

Par , et Esteban Urreiztieta (El Mundo)

Plus d’un an après nos révélations sur son argent caché dans les paradis fiscaux, Cristiano Ronaldo change de stratégie : il déclare être prêt à payer ce qu’il doit. À condition que les poursuites pénales soient abandonnées.

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Sur les terrains de football, Cristiano Ronaldo a bâti sa légende par sa vitesse d’exécution. Pour régler ses contentieux fiscaux, le joueur et son équipe prennent en revanche le temps de réfléchir. Quelque 16 mois après que Mediapart et ses partenaires de l’European Investigative Collaborations (EIC) ont révélé lors des Football Leaks que l’attaquant portugais avait placé 150 millions d’euros dans les paradis fiscaux, le quintuple ballon d’or a décidé de rendre les armes, contraint et forcé. À présent, il se dit prêt à payer aux autorités espagnoles ce qu’il leur doit, selon les informations obtenues par notre partenaire espagnol au sein du consortium, El Mundo.

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Un remords tardif ? Le besoin de se confesser ? L’envie de tout déballer ? Aucunement. Selon les informations de l’EIC, Cristiano Ronaldo a tout simplement peur d’être condamné à une peine de prison. Il est donc prêt à payer le montant que l’administration jugera approprié pour la taxation de ses droits à l’image si la procédure pénale est abandonnée.

Pour ne pas perdre la face, le clan Ronaldo estime que cette affaire relève d’une simple « interprétation de la loi » et qu’elle doit donc se régler par la voie administrative, pas par une procédure pénale. De plus, le joueur assure qu’il a toujours ordonné à ses conseillers de payer ce qui était dû – la défense classique des footballeurs.

L’entourage du joueur plaide ainsi la bonne foi, en prétendant qu’il a toujours eu la volonté de payer, et qu’il ne s’agirait en somme que d’un malentendu, une interprétation différente des textes. Une version bien peu crédible au vu de l’enquête que nous avions publiée lors des Football Leaks et qui démontrait le mal de chien que s’étaient donné ses conseillers fiscaux, via un montage aux îles Vierges britanniques, pour que Ronaldo échappe au maximum à l’impôt.

La justice espagnole va à présent analyser l'offre transmise, mais d’ores et déjà, dans un document interne du procureur auquel l’EIC a eu accès, le parquet insiste sur le fait que les déclarations « mensongères » du joueur représentent quatre infractions fiscales, pour une fraude estimée à 14,7 millions d’euros.

Le parquet, qui rappelle qu’au vu de la jurisprudence Messi, tous les conseillers et agents du footballeur doivent être mis en examen en tant que co-auteurs des délits, estime même que le joueur devrait actuellement dormir en prison. Quoi qu’il en soit, l’enquête touche à sa fin, et le juge d’instruction espagnol va bientôt devoir décider s’il veut ou non que s’ouvre un procès ô combien symbolique.

Si vous avez des informations à nous communiquer, vous pouvez nous contacter à l’adresse enquete@mediapart.fr. Si vous souhaitez adresser des documents en passant par une plateforme hautement sécurisée, vous pouvez vous connecter au site frenchleaks.fr.

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Douze journaux européens regroupés au sein du réseau European Investigative Collaborations (EIC), dont Mediapart est l’un des membres fondateurs, ont publié du 2 au 24 décembre 2016 les Football Leaks, la plus grande fuite de l’histoire du sport. Obtenus par l’hebdomadaire allemand Der Spiegel et analysés par les journaux membres de l’EIC, ces 18,6 millions de documents ont permis de documenter de manière inédite la face noire du football, entre fraude et évasion fiscales, réseaux de prostitution, connexions mafieuses, ou encore exploitation de joueurs mineurs. Soixante journalistes, associés à huit informaticiens qui ont développé des logiciels spéciaux pour l’opération, ont enquêté pendant plus de six mois. Grâce à de nouveaux documents, les investigations se poursuivent.