Une Britannique déchue de sa nationalité pour avoir rejoint l'EI

Par
La Grande-Bretagne a déchu de sa nationalité une jeune femme qui avait rejoint le groupe djihadiste Etat islamique (EI) en Syrie alors qu'elle était adolescente, provoquant une polémique sur le sort des apatrides en zone de guerre et les critiques de l'Onu et de l'opposition britannique.
Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

LONDRES (Reuters) - La Grande-Bretagne a déchu de sa nationalité une jeune femme qui avait rejoint le groupe djihadiste Etat islamique (EI) en Syrie alors qu'elle était adolescente, provoquant une polémique sur le sort des apatrides en zone de guerre et les critiques de l'Onu et de l'opposition britannique.

Le cas de Shamima Begum, 19 ans, identifiée dans un camp de détention en Syrie la semaine dernière, illustre les difficultés éthique, légale et sécuritaire que pose le retour des familles de combattants djihadistes.

Alors que la campagne militaire contre l'EI touche à sa fin, le président américain Donald Trump et les forces kurdes alliées des Occidentaux font pression sur les pays européens pour qu'ils rapatrient les djihadistes capturés en Syrie, leurs épouses et leurs enfants.

Shamima Begum, qui a donné naissance à un garçon ce week-end, a suscité l'indignation au Royaume-Uni en ne manifestant aucun regret ni émotion d'avoir vu des têtes tranchées "d'ennemis de l'islam", et en déclarant que l'attentat de Manchester, qui a fait 22 morts en 2017, était à ses yeux justifié.

La jeune fille, partie en février 2015 en Syrie, à l'âge de 15 ans, a eu deux autres bébés avec son mari, un Néerlandais converti à l'islam. Les deux enfants sont morts en bas âge, selon le journal The Times, qui l'a interviewée.

Sa demande de retour à Londres a été rejetée par le gouvernement britannique, qui a informé ses parents de sa décision de la déchoir de sa nationalité pour "raisons de sécurité" dans une lettre datée du 19 février, dont la chaîne télévisée ITV News a pris connaissance.

Interrogé à ce sujet, un porte-parole du secrétaire à l'Intérieur, Sajid Javid, a expliqué que la priorité des autorités était "la sécurité de la Grande-Bretagne et de ses habitants".

DÉCISION "PAS PRISE À LA LÉGÈRE"

Le porte-parole de la Première ministre Theresa May a assuré qu'une telle initiative était mûrement réfléchie. "Toutes les décisions de déchoir un individu de sa citoyenneté sont prises sur la base de toutes les preuves disponibles et elles ne sont pas prises à la légère", a-t-il dit.

L'avocat de la famille de Shamima Begum a indiqué qu'il allait probablement faire appel. "Nous étudions toutes les pistes légales pour contester cette décision", a déclaré Tasnime Akunjee.

La loi britannique permet au ministre de l'Intérieur de déchoir un individu de sa nationalité dans l'intérêt du "bien public", à condition que cela ne le rende pas apatride.

Selon le ministère bangladais des Affaires étrangères, la jeune femme n'a pas la nationalité du Bangladesh et il "n'est pas question" de la laisser entrer sur le territoire national.

"C'est une citoyenne britannique par la naissance et elle n'a jamais sollicité la double nationalité", conclut-le ministère.

Le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) s'est de son côté ému de la situation, rappelant que tous les enfants ont "droit à avoir un nom, une identité et une nationalité".

L'opposition travailliste britannique a critiqué la décision du gouvernement conservateur.

"Si le gouvernement propose de rendre Shamima Begum apatride, ce n'est pas seulement une violation des lois internationales sur les droits de l'homme mais aussi un manquement à nos obligations en matière de sécurité envers la communauté internationale", a déclaré une porte-parole du Labour, Diane Abbott.

L'ancien ministre conservateur Ken Clarke s'est aussi étonné que le gouvernement se soit engagé dans cette voie.

"Ce qu'on ne peut pas faire, c'est les laisser dans un camp en Syrie encore plus radicalisés ... jusqu'à ce qu'ils se dispersent à travers le monde et qu'ils reviennent ici", a-t-il souligné.

"Je pense que les Allemands, les Français et nous-mêmes devons trouver un moyen de régler ce problème difficile et, je le reconnais, dangereux."

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale