Grèce : Syriza remporte son troisième scrutin de l'année

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Le parti d'Alexis Tsipras arrive en tête des législatives avec plus de sept points d'avance sur la droite de Nouvelle Démocratie. Un nouveau gouvernement de coalition avec le parti souverainiste des Grecs indépendants va être formé.

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Les Grecs votaient ce dimanche pour élire à nouveau leurs députés, au terme d'une campagne terne et exceptionnellement courte, qui a suscité peu d'intérêt du côté des électeurs. Les résultats, aux deux tiers du dépouillement, donnaient toutefois le parti d'Alexis Tsipras largement en tête, sept points devant la droite conservatrice de Nouvelle Démocratie. En fin de soirée, l'alliance avec le partenaire souveraniste des Grecs indépendants a été reconduite. Voici le déroulé et les premières analyses de la soirée électorale, que Mediapart a suivie en direct.

22h30.- D'après les résultats du dépouillement effectué à près de 70 %, Syriza obtient 145 sièges de députés et les Grecs indépendants (ANEL) 10. Les deux partis qui gouvernaient déjà ensemble depuis janvier peuvent s'appuyer sur une majorité de 155 députés sur 300 à la Vouli. La droite de Nouvelle Démocratie est en léger recul (75 députés contre 76 en janvier), tandis que les néonazis d'Aube dorée progressent et confirment leur place de troisième groupe à l'Assemblée (19 députés contre 17 en janvier). Unité populaire, le parti né de la scission de Syriza, ne passe pas la barre des 3 %. Zoi Konstantopoulou, l'ancienne présidente du Parlement qui avait créé la commission d'audit sur la dette grecque, n'est pas réélue.

À Bruxelles, force est d'accepter la troisième victoire électorale de l'année d'Alexis Tsipras. Le président de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem félicite celui qui s'apprête à redevenir premier ministre et rappelle les « réformes ambitieuses » qu'il doit mener.

© Jeroen Dijsselbloem

22 heures.- Dans un court discours au kiosque électoral de Syriza à Athènes, Alexis Tsipras remercie « chaleureusement » les électeurs et lance : « Le peuple grec a donné un mandat clair pour que notre bataille continue ! » « Ce résultat n'appartient pas à Syriza, ajoute-t-il. Il appartient aux classes populaires qui rêvent de lendemains meilleurs. » Il annonce avec Panos Kammenos, qui le rejoint à la tribune, que l'alliance est scellée avec le parti souverainiste des Grecs indépendants (ANEL) et promet un nouveau gouvernement dès ce lundi après-midi.

Alexis Tsipras annonce sa victoire au kiosque électoral de Syriza, dimanche 20 septembre 2015 © Reuters Alexis Tsipras annonce sa victoire au kiosque électoral de Syriza, dimanche 20 septembre 2015 © Reuters

21h30.- Le dépouillement avance. Plus de la moitié des bulletins de vote ont été ouverts. À part le Péloponnèse et quelques départements du nord, Syriza arrive en tête dans la majeure partie du pays.

© Olivier Drot

21 heures.- Panos Kammenos annonce un gouvernement bipartite, sous-entendu composé, comme celui formé en janvier dernier, de Syriza et d'ANEL (Grecs indépendants). Il promet la « sortie de la récession » et la « fin des mémorandums ». « La politique d'humiliation va se terminer, assure-t-il, la croissance va revenir. »

Panos Kammenos, le leader des Grecs Indépendants © ERT Panos Kammenos, le leader des Grecs Indépendants © ERT

Au même moment, comme s'il n'avait pas compris le résultat, le groupe des sociaux-démocrates au Parlement européen envoie un communiqué dans lequel il appelle Alexis Tsipras « à engager les étapes nécessaires, en coopération avec nos partis frères – Potami et PASOK / Dimar – pour former un gouvernement progressiste fort pour quatre ans. Le résultat de Potami et du PASOK / Dimar offre la possibilité pour un gouvernement fort et un changement réel. »

De son côté, le Parti populaire européen, (PPE, droite) rappelle, par la voix de son président Manfred Weber, les engagements européens de la Grèce : « Une chose est claire : les accords liant la Grèce à ses créditeurs restent à appliquer. Nous attendons du futur gouvernement grec qu'il respecte pleinement les engagements pris. Il est regrettable qu'Alexis Tsipras et Syriza aient, une fois encore, essayé de jouer avec le feu avant les élections. La Grèce a besoin d'un gouvernement stable, d'une large majorité au Parlement qui accepte les règles du jeu européennes et qui continue à soutenir un programme de réformes. »

De Tanger où il se trouve depuis samedi, François Hollande félicite Alexis Tsipras et annonce qu'il se rendra probablement dans les prochaines semaines en Grèce. « C'est un résultat important pour la Grèce qui va connaître une période de stabilité avec une majorité solide, dit-il. C'est un succès important pour l'Europe qui doit entendre le message des Grecs qui s'engagent à faire des efforts, ils en ont déjà fait beaucoup, mais qui veulent aussi du progrès social, qui veulent aussi de la croissance. Avec Alexis Tsipras, nous avons convenu de travailler ensemble, avec d'autres, pour que cette idée de la gauche puisse être promue en Europe. » 

20h45.- Le scrutin se distingue par une abstention record. Selon les chiffres du dépouillement en cours, elle s'élèverait à environ 45 %, soit près de dix points de plus qu'en janvier, où elle atteignait 36,13 % de l'électorat.

20h30. Alexis Tsipras est en discussion avec Panos Kammenos, le chef du parti de droite anti-austérité ANEL. Contrairement à ce que souhaitaient les partenaires d'Athènes à Bruxelles, il semble peu probable qu'une alliance se dessine avec les centristes de Potami ou les socialistes du PASOK. Rappelons qu'en juillet, au plus fort des négociations, juste avant le référendum, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, recevait le leader de Potami (alors parti d'opposition). Une fois de plus, les Grecs auront voté à l'inverse de ce que souhaitaient les dirigeants européens.

Le président du Parlement européen Martin Schulz félicite tout de même Alexis Tsipras sur Twitter et appelle à la formation « rapide » d'un gouvernement « solide ».

© EP President

De son côté, le secrétaire national du PCF Pierre Laurent invite, dans un communiqué, les autres partis de la gauche européenne à se saisir de cette nouvelle victoire : « Malgré l'accord insupportable imposé en juillet et la crise politique dans la gauche, les Grecs viennent d'affirmer pour la 3e fois cette année, leur confiance en Syriza et Alexis Tsipras pour gouverner leur pays. […] La droite de Nouvelle Démocratie est battue. Avec elle, l'ensemble des gouvernements européens qui se sont acharnés avec une violence extrême à déstabiliser le premier gouvernement Tsipras et à imposer de nouvelles mesures d'austérité, des privatisations, et des confiscations de souveraineté. C'est un nouveau message de lutte envoyé par le peuple grec à toutes les sociétés européennes. La victoire de Syriza est un sérieux atout pour toutes les forces progressistes d'Europe. […] C'est aujourd'hui à nous de prendre le relais pour des victoires en France qui permettront de libérer tous les peuples européens de l'austérité, changer la table des négociations pour changer l'Europe. »

20h15.- Les premiers résultats partiels nous permettent d'affiner l'analyse. D'après les projections, Syriza obtiendrait 145 sièges (il en avait 149 dans la précédente assemblée), tandis que son ancien partenaire de coalition, les Grecs indépendants, en aurait une dizaine (il en détenait 13). Autrement dit, les deux partis seraient en mesure de reformer une majorité.

« Alexis Tsipras est réellement un phénomène politique, écrit le quotidien britannique The Guardian, un brin admiratif. Après sept mois de troubles, de promesses non tenues, un référendum, une capitulation à Bruxelles, et une scission qui a vu le départ d'un tiers de ses députés, il est en train de revenir à la résidence du premier ministre avec un mandat similaire à celui de janvier. »

En France, quelques personnalités du PS, comme Benoît Hamon, saluent le résultat d'Alexis Tsipras.

© benoithamon

20 heures.- Premiers résultats partiels, à partir du dépouillement de 24,13 % des bulletins de vote. Syriza apparaît largement en tête avec 35,35 % des voix. Le détail de la répartition des voix, parti par parti, avec les projections en sièges sur la Vouli :

Premiers résultats partiels, sur la chaîne publique ERT Premiers résultats partiels, sur la chaîne publique ERT

19h40.- Devant les micros grecs, Evanguelos Meïmarakis, le leader de la droite de Nouvelle Démocratie, semble accepter la première place de Syriza. Il félicite Alexis Tsipras : « Je l'invite à former un gouvernement », dit-il. Pendant la campagne électorale, son parti s'était déclaré favorable à un gouvernement de grande coalition avec Syriza – option formellement exclue par nos interlocuteurs au parti d'Alexis Tsipras. Meïmarakis exclut de quitter ses fonctions et insiste : « Nouvelle Démocratie n'est pas dissoute, Nouvelle Démocratie n'est pas terminée. »

19h30.- Premières réactions en Europe, avant même les résultats officiels. « Si l'on est capable de travailler ensemble et avec de la volonté politique, alors on ne pourra pas nous arrêter », assure le parti espagnol Podemos dans un tweet. Son leader, Pablo Iglesias, était aux côtés d'Alexis Tsipras pour son dernier meeting de campagne, vendredi soir à Athènes, de même que Pierre Laurent, le secrétaire national du PC français. De ce côté-ci, c'est Ian Brossat qui se réjouit de la première place de Syriza.

© Ian Brossat

19 heures.- Au kiosque électoral de Syriza, dans le centre d'Athènes, la diffusion des premières estimations suscite l'enthousiasme, rapporte le journal Naftemporiki.

© naftemporiki.gr

18h45.- Dans l'attente des premiers résultats officiels, les commentaires vont bon train sur les plateaux télé. En Grèce, le parti qui recueille le meilleur score obtient une prime de 50 députés à l'Assemblée. Cette particularité de la Constitution grecque doit permettre de dégager une majorité absolue. Mais dans le cas présent, si les chiffres avancés par les instituts de sondage se confirment, Syriza ne pourra pas s'appuyer sur une majorité absolue à l'Assemblée.

Pour rappel, le 25 janvier dernier, le parti d'Alexis Tsipras avait obtenu 36,34 % des voix, ce qui lui avait permis de conquérir au Parlement 149 sièges sur 300. Il avait alors formé une alliance avec le parti de droite souverainiste anti-austérité ANEL (Grecs indépendants), qui avait remporté 13 sièges de députés.

Sur le plateau de ERT, Euclide Tsakalotos, qui était ministre des finances dans le dernier gouvernement Tsipras, espère encore la majorité absolue, d'ici la publication des résultats officiels.

Ο Τσακαλώτος για τα αποτελέσματα των exit poll © enikos.gr - Videos


18h30.-
Premiers enseignements du scrutin, au vu des sondages de sortie des urnes (sondages à prendre avec prudence, l'analyse s'affinera au fur et à mesure de la soirée).

  • Malgré les pronostics qui donnaient un résultat très serré entre la droite et le parti d'Alexis Tsipras, Syriza semble bien en tête face à Nouvelle Démocratie, dont le nouveau leader, Evanguelos Meïmarakis, a toutefois réussi à re-mobiliser ses électeurs, après la chute d'Antonis Samaras en juillet dernier.
  • La stratégie d'Unité populaire, issue d'une récente scission avec Syriza, n'a pas payé. Il n'est pas certain à cette heure que le parti emmené par Panayotis Lafazanis, accompagné par Zoi Konstantopoulou, l'ancienne présidente de la Vouli, passe le seuil nécessaire de 3 % pour entrer au Parlement.
  • Le parti communiste maintient son socle stable d'électeurs.
  • Le parti centriste de Potami n'a pas réussi à convaincre dans son rôle d'opposition. Il est en net recul par rapport au scrutin de janvier.
  • Aube dorée, dont les principaux dirigeants sont actuellement en procès pour participation à une organisation criminelle, ne semble ni progresser, ni reculer : son électorat apparaît stable. Si les résultats officiels sont conformes aux sondages de sortie des urnes, l'organisation néonazie constituera, comme en janvier, la troisième force du Parlement.

Un électeur grec vote dimanche 20 septembre 2015 © Reuters Un électeur grec vote dimanche 20 septembre 2015 © Reuters

18 heures.- Fermeture des bureaux de vote. Les chaînes de télévision grecques annoncent les sondages de sortie des urnes. Attention, ces chiffres sont à prendre avec prudence, les instituts de sondage grecs ayant très largement sous-estimé le « non » au référendum du 5 juillet. Sur la chaîne publique ERT, les estimations sont les suivantes :

  • Syriza : 30 - 34 %
  • Nouvelle Démocratie (droite conservatrice) : 28,5 - 32,5 %
  • Aube Dorée (néonazis, actuellement en procès) : 6,5 - 8 %
  • PASOK (parti socialiste, allié avec Dimar pour ce scrutin) : 5,5 - 7 %
  • KKE (parti communiste) : 5,5 - 7 %
  • Potami (La Rivière, centriste) : 4 - 5,5 %
  • ANEL (Grecs indépendants, souverainiste) : 3 - 4 %
  • Unité Populaire (scission de Syriza) : 2,5 - 3,5 %

Un autre institut, repris par le journal grec Kathimerini, donne des estimations similaires :

© Kathimerini English


Dimanche, fin d'après-midi.-
Alexis Tsipras a voté ce matin dans son bureau de vote, dans le quartier populaire de Kipseli à Athènes. « Je suis optimiste, a-t-il déclaré. […] Les difficultés vont être dépassées pas à pas. […] Nous avons démontré que nous pouvons ouvrir des voies, même là où elles n'existent pas. »

La campagne de Syriza a toutefois peu mobilisé. Pour comprendre le désintérêt et la désillusion des électeurs, les difficultés et la scission du parti, retrouver notre reportage à Athènes. Pour en savoir davantage sur le programme de Syriza, nous avons interrogé l'une de ses têtes de liste, membre du dernier gouvernement Tsipras, le candidat Dimitris Vitsas. C'est ici.

Pour l'heure, aucun résultat ne filtre. Les premiers sondages de sortie des urnes seront diffusés au moment de la fermeture des bureaux de vote, à 19 heures, heure locale (18 heures, heure française). Suivra, deux heures plus tard, la publication des premiers résultats, partiels. Ils seront affinés tout au long de la nuit.

Au total, quelque 9,8 millions d'électeurs étaient appelés à voter dans près de 20 000 bureaux de vote. Mais l'abstention promet de battre des records. Pour rappel : la participation au scrutin du 25 janvier avait été de l'ordre de 70 % (retrouver notre reportage sur cette soirée électorale à Athènes ici). Cette fois-ci, elle pourrait être exceptionnellement basse. Ci-dessous, un tweet rappelle les différents taux de participation aux législatives grecques depuis l'après-guerre.

© Raoul Ruparel

 

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