«Il faut revoir tous les programmes nucléaires dans le monde»

Par
Quelles ressources énergétiques pour lutter contre le changement climatique? C'est l'objet des recherches de Bob van der Zwaan (Centre de recherche sur l'énergie des Pays-Bas).

La lecture des articles est réservée aux abonnés.

Quelles ressources énergétiques pour lutter contre le changement climatique? C'est l'objet des recherches de Bob van der Zwaan (Centre de recherche sur l'énergie des Pays-Bas), interrogé par Mediapart à la suite de la catastrophe nucléaire de Fukushima.
Comment, selon vous, la situation peut-elle évoluer à Fukushima?
Il y a beaucoup d'incertitudes et beaucoup de choses que l'on ne sait pas encore, donc beaucoup de scénarios sont envisageables. Un des pires serait qu'on continue pendant des semaines à rencontrer des difficultés à refroidir les piscines de combustibles usés des réacteurs 3 et 4, qui peuvent encore émettre des quantités importantes de substances radioactives. Mais il subsiste aussi des risques importants d'échappements de gaz radioactifs venant des cœurs mêmes des réacteurs 1, 2 et 3.
Dans le meilleur des cas, si l'électricité est rétablie pour tous les réacteurs et piscines, si toutes les pompes à eau fonctionnent, et si le refroidissement des réacteurs et piscines redevient opérationnel, on peut alors obtenir une situation plus stable qu'actuellement.
Cet accident peut ne pas devenir aussi grave que celui de Tchernobyl, en 1986, même si je pense que sa gravité est déjà plus proche du niveau 6 que 5. Personnellement, je considère la situation comme de niveau 6, puisqu'on se trouve dans une situation bien plus grave qu'avec l'accident de Three Mile Island, en 1979, classifié au niveau 5.
La zone d'exclusion de 30 kilomètres autour de la centrale est-elle suffisante?
Je commence à douter, puisque déjà aujourd'hui on a mesuré une contamination non négligeable à des dizaines de kilomètres de la centrale. Les spécialistes américains proposent donc une zone plus large. Or jusqu'à maintenant, ils se sont montrés mieux informés et plus ouverts que les autorités japonaises.
Lundi, la vente des épinards et du lait produits dans quatre préfectures situées à proximité de la centrale a été interdite. Que signifie cette contamination?
C'est une situation préoccupante, car les taux de radiation mesurés sont beaucoup plus élevés que les taux naturels de radioactivité. Je suis étonné qu'il n'y ait pas plus d'informations. L'hypothèse principale est que les radiations émises depuis les piscines des réacteurs 3 et 4, ainsi que les échappements de gaz des réacteurs 1, 2 et 3, ont été plus importants que ce qui a été annoncé jusqu'à présent.
La centrale de Fukushima abrite du combustible MOX. Cela pose-t-il des problèmes particuliers?
Le MOX est un combustible qui contient du plutonium. Par la suite, le MOX usé contient plus de plutonium que du combustible conventionnel usé. Le MOX utilisé se situe dans le réacteur et la piscine n°3, d'où les échappements de gaz posent des problèmes plus importants, car le plutonium est particulièrement radioactif et aussi toxique du point de vue chimique.
Que pensez-vous de la gestion de la centrale et de la crise par Tepco?
Je pense qu'on va conclure bientôt que Tepco aurait pu faire différemment. Il est facile de critiquer, surtout dans une situation aussi pénible qu'actuellement, mais cette compagnie a déjà commis de multiples et graves erreurs par le passé. Et, malheureusement, l'origine et la gestion de cet accident vont s'ajouter à la liste de ses erreurs.