La presse algérienne sceptique après la visite de François Fillon

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Le Premier ministre français est resté deux jours en Algérie où il a signé trois grands accords de coopération. Mais l'essentiel des discussions avec les dirigeants algériens a porté sur la présence de ces derniers le 13 juillet pour le lancement de l'Union pour la Méditerranée. Revue de presse des quatre grands quotidiens.

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L’éditorial d’El-Moudjahid se veut plein d’espoir et de sollicitude. "Chaque chose en son temps", a dit le président Bouteflika.
« (…) L´Algérie est, et demeurera, le partenaire privilégié de la France, pays avec lequel elle partage, outre les liens humains, des valeurs profondes et des objectifs vitaux pour l’espace auquel appartiennent les deux pays. Cet espace est la Méditerranée, un "lien" plutôt qu’une frontière, avait dit, à plusieurs occasions ici et à l’étranger, le Président Bouteflika. Très tôt donc, le Président Bouteflika a affirmé cette vocation dont l’objectif est de réaliser un rêve commun aux peuples de cette région, qui pourrait devenir, selon l’esprit de Barcelone, la plus importante zone de prospérité du monde. La France partage cette vision. Le Président Sarkozy a suggéré une formule que l’Algérie et les pays du sud ont bien accueilli. Il faut maintenant en expliciter le contenu et les objectifs, ce qui entre dans la mission de M. Fillon à Alger. Dans tous les cas l’Algérie sera, toujours, animée d’une volonté politique réelle pour la réalisation des objectifs communs aux peuples de la Méditerranée, comme elle l'a fait dès la naissance du processus de Barcelone, en 1995, et le fera, avec plus de détermination, chaque fois, qu’il est question de la Méditerranée, de ses relations avec la France, de travailler pour la paix, la sécurité et la concorde entre les nations du sud et du nord de ce lac de paix. »
El Watan est sur cette longueur d’onde.
« (...) De son côté, Abdelaziz Belkhadem a ajouté une couche au suspense actuel. "On ne sait pas s’il faut s’adresser à Paris ou à Bruxelles pour parler de cette construction pour la Méditerranée", a-t-il lancé. Depuis mars 2008, le projet initial du président Nicolas Sarkozy a été repris en main par la Commission européenne, après pression de l’Allemagne, pour devenir une version améliorée du processus euro-méditerranéen de Barcelone qui avait été lancé en 1995. Selon lui, il était possible de faire des projets dans le bassin occidental de la Méditerranée et d’autres dans le bassin oriental, "projets à géométrie variable", dans la première version de l’union de la Méditerranée. "Le projet de l’UPM est différent du premier avec l’entrée des pays de l’Union européenne", a constaté le chef du gouvernement. Selon François Fillon, rien n’a encore été décidé sur la future architecture de l’UPM. Pourtant il a lui-même annoncé, lors d’une rencontre samedi avec les étudiants de l’Ecole supérieure algérienne des affaires (ESAA), que la coprésidence sera assurée par l’Egypte.
Le siège du secrétariat de l’UPM est négocié entre plusieurs pays dont Malte et la Tunisie. La structure de l’UPM sera, selon François Fillon, discutée lors du sommet des chefs d’Etat de juillet prochain. "Les candidatures sont sur la table et aux chefs d’Etat de décider ensemble". D’où l’importance de la présence de l’Algérie à cette rencontre. L’UPM ne peut se faire qu’avec l’ensemble des Etats méditerranéens. Il ne peut y avoir une UPM sans l’Algérie, sans l’Egypte, sans la Syrie, sans Israël. »

L’article de la Tribune est beaucoup moins diplomatique.

« (…) C’est dire que les autorités algériennes ne peuvent aucunement s’avancer sur du fictif ou encore sur un projet aux contours encore flous, dont ils ne saisissent pas pour le moment, à en croire les déclarations officielles, les tenants et les aboutissants. Ce, d’autant que d’aucuns estiment que l’Algérie ne peut pas s’engager dans un processus qui ressemble à celui de Barcelone, dont on connaît l’échec, et où le principe du gagnant-gagnant n’apparaît pas clairement. Car, faut-il le rappeler, les relations algéro-françaises ne sont qu’économiques. Le politique ne doit pas être éludé. Certes, les investissements des entreprises françaises ont connu une nette progression, mais quasiment exclusivement dans le secteur pétrolier. Tout le reste intervient dans la sphère commerciale et des services. Or, ce que veut l’Algérie, ce sont des investissements directs dans des projets d’infrastructures industrielles, productives, créatrices de richesses, d’emplois avec tout ce que cela implique comme transfert de technologie et de savoir-faire. Il ne s’agit pas de se frotter les mains en se persuadant qu’il y a un marché à 150 milliards de dollars et qu’il faille coûte que coûte en arracher une partie et tirer le maximum de plus-values. »

La Liberté est encore plus crue.
« De la libre circulation des personnes jusqu’au conflit israélo-arabe en passant par la question du Sahara occidental, Alger est resté sans réponses. Si le Premier ministre français a insisté sur l’importance de la participation algérienne à l’UPM, il n’en a pas moins souligné avec force, et la précision est de taille, que le projet de Sarkozy ne peut également avoir lieu sans l’Égypte, la Syrie et Israël. Les pays arabes concernés par l’UPM savent que Paris n’ira pas jusqu’à exclure l’État hébreu de ce processus, même si leurs positions ne sont pas toutes teintées d’une homogénéité. Un manque d’homogénéité qui s’explique aussi, et surtout, par le flou qui caractérise les objectifs réels de l’UPM.
L’Algérie qui pose la problématique de la reconnaissance de l’État palestinien, proclamé en septembre 1988 dans sa propre capitale, refuse de cautionner un sommet qualifié d’ores et déjà de rampe de lancement à une normalisation avec Israël.
Et la persistance de la France dans sa volonté d’intégrer Israël dans un processus censé à l’origine promouvoir le dialogue dans le bassin méditerranéen, malgré les réserves et le refus des pays de la rive sud, achève de discréditer le pragmatisme politique et économique prôné par Sarkozy. De plus, l’absence d’un poste pour l’Algérie dans la hiérarchie décisionnelle de l’UPM rend aléatoire une participation du président Bouteflika dans un sommet où, semble-t-il, la présence de notre pays servira juste pour le décor. À moins que… »