Hollande : «La France est prête à punir le régime de Damas»

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Lors de son allocution devant les ambassadeurs français, le président de la République a annoncé qu'il était prêt à accompagner les frappes militaires qui se préparent contre la Syrie.

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François Hollande a lancé les roulements de tambours français en prélude à des frappes sur la Syrie. Le chef de l’État a été très clair lors de son discours adressé aux ambassadeurs hexagonaux réunis sous les dorures de l’Élysée mardi 27 août. Après avoir, à son tour, fait porter la responsabilité de l’utilisation d’armes chimiques (« cet acte abject ») au régime de Bachar el-Assad, il a lancé : « Je le dis ici avec la force nécessaire : le massacre chimique de Damas ne peut rester sans réponse. (…) La France est prête à punir ceux qui ont pris la décision infâme de gazer des innocents. »

Avec ces déclarations, François Hollande rejoint le Premier ministre britannique qui a convoqué le Parlement jeudi pour annoncer les probables frappes militaires contre la Syrie. Dans une interview à la BBC, David Cameron s’est justifié ainsi : « Il ne s’agit pas de mener une guerre au Moyen-Orient. Il ne s’agit même pas du conflit syrien. Il s’agit de l’utilisation d’armes chimiques et de faire en sorte que le monde décourage leur emploi. »

 Répondant à une question sur la responsabilité de l’attaque au gaz du 21 août, il a ajouté : « Nous savons que ce régime possède d’énormes stocks d’armes chimiques. Nous savons qu’il les a utilisées à dix reprises au moins avant cet emploi massif. Nous savons qu’il a aussi bien le motif que l’opportunité de s’en servir, alors que l’opposition ne possède pas ces instruments. La question devant nous est : pouvons-nous décourager l’emploi futur d’armes chimiques en agissant ou ne faisant rien ? »

Ces mots font écho à ceux de François Hollande, qui a conclu son discours aux ambassadeurs en sortant de l’allocution préparée pour revenir à la Syrie, sans toutefois la nommer : « Il est des moments où la responsabilité (de la France) est lourde. Agir ou ne pas agir ? Intervenir ou laisser faire ? Une fois encore, cette question revient, ou va revenir, dans les prochains jours. La France a décidé d’exercer sa responsabilité, pour elle-même et pour l’équilibre du monde. » Si le message peut paraître sibyllin, il ne l’était pas du tout pour les quelque deux cents diplomates réunis avec tous les membres du gouvernement, qui ont bien compris que, par ces paroles, le président de la République rejoignait le camp de ceux qui sont décidés à « punir » le régime de Damas.

François Hollande devant les ambassadeurs réunis à l'Elysée, lundi 27 août. © Présidence de la République François Hollande devant les ambassadeurs réunis à l'Elysée, lundi 27 août. © Présidence de la République

Du côté de Washington, le secrétaire à la Défense Chuck Hagel a assuré que les forces américaines « étaient prêtes à suivre les ordres du président, quelle que soit l’option qu’il choisira ». Dans le même temps, plusieurs sources anonymes au sein de l’administration Obama ont confié à la presse que des frappes auraient lieu « d’ici à quelques jours » et qu’elles ne dureraient que « quelques jours ». Des responsables du Pentagone ont également indiqué qu’il ne s’agirait pas de bombarder les dépôts d’armes chimiques, qui sont difficiles à identifier et dangereux à détruire, mais plutôt de cibler l’aviation syrienne ainsi que les sites militaires qui ont lancé ces attaques ou qui sont susceptibles d’en déclencher d’autres.

Contrairement aux bombardements contre la Serbie en 1999 ou contre la Libye en 2011, ou encore ceux contre l’Irak en prélude à l’invasion terrestre de 2003, ces frappes balistiques seraient limitées dans le temps et viseraient à « décourager et dégrader » les capacités militaires de Damas. L’objectif des Américains, et du même coup de leurs partenaires (France, Grande Bretagne, Arabie Saoudite, Turquie, Australie) serait, outre de « marquer le coup » après le massacre de la semaine passée, de contraindre Bachar el-Assad à s’asseoir à une table de négociations.

Ce dernier élément est bien entendu le point faible des actions qui se préparent. Si le régime est effectivement affaibli, qui dit qu’il voudra bien discuter, sachant que, selon l’analyse du spécialiste du monde arabe Jean-Pierre Filiu, qui connaît très bien la Syrie et le clan Assad, « conscients de la fragilité de leur régime, le recours à la terreur jusqu’aux pires extrémités leur paraît un instrument de politique banalisé, voire normal » ? Les rebelles seront-ils disposés à s’asseoir à une table de négociations s’ils sentent qu’ils peuvent remporter la partie ? Et les Russes, qui détiennent la clef de tout dialogue, voudront-ils le favoriser après que leur refus des frappes aura été balayé ? Pour l’heure, la réponse à toutes ces questions semble négative.

Dans son discours, François Hollande a ajouté que la France avait décidé d’accroître son soutien militaire à la coalition nationale syrienne. Il l’a justifié ainsi : « Ce n’est qu’avec la fermeté qu’une solution politique pourra un jour prévaloir en Syrie. » Jay Carney, le porte-parole de la Maison-Blanche a également réitéré que le but des frappes militaires n’était pas le « changement de régime ». Autrement dit, le pari des occidentaux et de leurs alliés semble toujours le même : attendre que les rebelles syriens gagnent suffisamment de terrain pour précipiter la chute de Bachar el-Assad ou le pousser à négocier, tout en évitant qu’il n'emploie à nouveau ses armes chimiques.

 

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