Espagne: les socialistes bien partis pour rester au gouvernement

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Le socialiste Pedro Sánchez a réussi son coup, en remportant haut la main les législatives du 28 avril qu’il avait lui-même convoquées. Le parti d’extrême droite Vox fait son entrée au Parlement, mais le « bloc des trois droites » reste très en deçà de la majorité absolue.

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Le socialiste Pedro Sánchez, perdant des législatives de 2015 puis de 2016, tient sa revanche : à 47 ans, il est sorti ce 28 avril grand gagnant du scrutin anticipé qu’il avait lui-même convoqué. Son parti, le PSOE, a remporté 28,7 % des voix, soit 123 sièges sur les 350 du futur Congrès des députés. Il n’en comptait que 85, à l’issue des élections de juin 2016.

Les électeurs espagnols – qui se sont fortement mobilisés, à 75,4 % (le taux de participation le plus élevé depuis 2004) – ont donné à Sánchez une nouvelle légitimité, lui qui s’était emparé du pouvoir en juin 2018, à la faveur d’une motion de censure contre le conservateur Mariano Rajoy, englué dans un scandale de corruption.

« L’avenir l’a emporté, le passé a perdu. Nous ne voulons pas de retour en arrière, nous voulons un pays qui avance », s’est félicité Sánchez dans la nuit de dimanche à lundi à Madrid, en référence à la défaite du bloc des droites dures.

En dix mois, le gouvernement socialiste s’est surtout illustré par une batterie de mesures sociales, à commencer par une augmentation de 22,3 % du salaire minimum en janvier. Sánchez, qui a publié en début d’année un livre intitulé Manuel de résistance, a aussi tenté, en vain jusqu’à présent, d’exhumer les restes de Franco du Valle de Los Caidos, une basilique située près de Madrid. Quant à sa politique de main tendue envers les Catalans, elle n’a, à ce stade, pas porté ses fruits.

Pedro Sánchez avec son épouse, après sa victoire dimanche 28 avril 2019. © Reuters / Sergio Perez. Pedro Sánchez avec son épouse, après sa victoire dimanche 28 avril 2019. © Reuters / Sergio Perez.

Si l’on regarde la composition du nouveau Congrès, la majorité de Sánchez pour former un nouveau gouvernement n’est pas évidente à trouver. Mais il devrait pouvoir y parvenir, sans aller chercher l’aide directe des partis indépendantistes catalans. Pedro Sánchez pourrait en effet s’entendre avec la coalition Unidos Podemos emmenée par Pablo Iglesias (42 sièges, en net recul par rapport aux 71 sièges de 2016), les régionalistes basques du PNV (6) et d’autres partis régionalistes comme Compromis à Valence. Soit un total de 173, à trois sièges de la majorité absolue. Il lui resterait à négocier, par la suite, l’abstention de trois autres députés.

Malgré la perte de 29 sièges d’une élection à l’autre pour Unidos Podemos, Pablo Iglesias s’est montré confiant dimanche soir : « C’est un résultat suffisant pour remplir les objectifs que nous nous étions fixés. Nous sommes une force politique incontournable pour qu’un gouvernement de gauche voie le jour en Espagne. » Il reste à voir, pour Iglesias, si Sánchez va accepter de former un gouvernement de coalition avec Podemos, ce qu’il avait refusé en juin 2018.

Sur le papier, il existe un autre pacte possible pour le PSOE : un accord avec la force libérale Ciudadanos, le même qui avait déjà été discuté fin 2015. Mais cette option semblait, dimanche soir, caduque, Pedro Sánchez comme Albert Rivera, le leader de Ciudadanos, l’ayant tous deux fermement exclue lors de la campagne.

L’autre leçon du scrutin est l’effondrement du Parti populaire (PP), dirigé depuis l’été 2018 par Pablo Casado, un tenant de l’aile dure du PP, qui rêvait de marcher dans les pas de José María Aznar (chef du gouvernement conservateur de 1996 à 2004). Le PP avait séduit 10,8 millions d’Espagnols en 2011. Ils ne sont que 4,3 millions à avoir voté, ce dimanche, pour la formation de Casado. « Un très mauvais résultat », a reconnu le candidat, qui a exclu de démissionner pour autant.

Sans surprise, le PP a d’abord pâti de la concurrence du parti libéral Ciudadanos : son leader, Albert Rivera, qui s’est montré plus combatif que Casado durant les débats télévisés de la dernière semaine, réalise une bonne opération. Il obtient 57 députés, contre 32 en 2016, et consolide sa stature, même s’il espérait sans doute faire beaucoup mieux.

Quant à Vox, le parti d’extrême droite dirigé par l’ex-PP Santiago Abascal, il prouve que son score décroché en Andalousie en fin d’année dernière n’était pas dû au hasard : il obtient 10,3 % des suffrages (2,6 millions de voix, 24 sièges) et fait son entrée au Congrès des députés. En 2016, Vox n’avait obtenu que… 47 000 voix.

Abascal a reconnu dans la soirée que ce résultat représentait tout à la fois « une joie et une inquiétude », parce que cela ne suffisait pas pour « expulser du pouvoir le Front populaire », en référence à l’alliance entre PSOE, Podemos et des partis régionalistes et indépendantistes.

Autre enseignement de l’élection : le très bon score des indépendantistes catalans, et en particulier de la gauche républicaine (ERC, 15 sièges), dont le leader, Oriol Junqueras, en prison depuis l’automne 2017, se trouve être l’une des figures du procès des dirigeants catalans, toujours en cours à Madrid. Quant à la formation de Carles Puigdemont (en exil à Bruxelles depuis fin 2017), elle cède un peu de terrain (7 sièges). L’une des clés des négociations à venir résidera sans doute dans les relations entre l’ERC et le PSOE.

Avec ces législatives, l’Espagne confirme qu’elle demeure une relative exception sur la carte de l’Europe. La poussée de l’extrême droite y est encore un peu contenue, si on la compare avec les situations en France, en Italie, en Autriche ou au Royaume-Uni. Surtout, elle semble bien partie pour rester gouvernée par un parti se réclamant de la social-démocratie, un courant politique plutôt moribond ces dernières années sur le continent.

Le résultat des législatives du 28 avril. Infographie InfoLibre. Le résultat des législatives du 28 avril. Infographie InfoLibre.

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