En Italie, la coopérative des migrants

14 photos

Non loin de Rome, en Italie, des immigrés d’Afrique subsaharienne ont créé en 2012 leur propre coopérative afin de subvenir à leurs besoins. Ils étaient migrants sans papiers, exploités dans des coopératives agricoles, notamment près de Rosarno où en 2010 éclata une révolte de ces ouvriers après l’agression raciste contre l’un d’eux. Aujourd’hui, la coopérative Barikama produit des yaourts et légumes bio. La vente permet à chaque coopérateur de recevoir un salaire.

Cet article est en accès libre.

Pour soutenir Mediapart je m’abonne

  1. © Giacomo Sini

    Cheikh, 34 ans, est l’un des fondateurs de la coopérative. Né au Sénégal, il est arrivé en Italie en 2007. « Avant de créer la coopérative, nous faisions juste de l’autoproduction de yaourts dans un centre social qui nous hébergeait à Rome, nommé Ex-Snia. En 2012, nous avons gagné un concours récompensant les jeunes entrepreneurs et c’est avec ce prix que nous avons créé la coopérative. Aujourd’hui, nous récoltons aussi des légumes, nous vendons sur dix marchés et à plus de 30 groupes d’achats solidaires à Rome et dans la province. » Tous les membres de la coopérative reçoivent le même salaire : « En 2019, c’était une bonne année, en moyenne chacun a reçu 500 par mois, 700 pour les derniers mois de l’année. Nous n’avons eu aucune perte ! »
    La coopérative offre en outre un contrat de travail qui permet aux réfugiés de demander un permis de séjour. Aujourd'hui, tous les membres de Barikama ont des papiers en règle, sauf un qui, en février dernier, était en voie de régularisation.

  2. © Giacomo Sini

    Aboubakar est arrivé en Italie en 2014. Il est l’un des membres de la coopérative Barikama (qui signifie « résistant » en langue bambara du Mali). Il travaille dans les champs : « J’étais petit quand j’ai commencé à travailler dans les champs au Mali. J’aimerais faire autre chose mais c’est difficile de trouver un autre emploi. »

  3. © Giacomo Sini

    Aujourd’hui, la coopérative cultive six hectares de légumes. Ce n’est que depuis l’année dernière que les ouvriers peuvent travailler l’intégralité du terrain grâce à l’aide apportée par une association chrétienne pour l’achat d’un tracteur. Avant, ils travaillaient les champs avec des outils manuels. Le travail était plus fatigant et moins productif.

  4. © Giacomo Sini

    Saydoun replante des salades. Réfugié venu de Gambie, il apprécie la terre ici : « Elle est volcanique donc très fertile et les plantes croissent sans maladie. » Barikama n’utilise pas de pesticides mais seulement des traitements biologiques.

  5. © Giacomo Sini

    Même quand Cheikh travaille au domaine, il est souvent au téléphone pour gérer la vente des produits aux marchés et groupes d’achats solidaires. « Au Sénégal, j’étais étudiant en biologie et footballeur professionnel. Je suis arrivé en Europe pour une sélection au club portugais Benfica, mais je n’ai pas été recruté. » Il décide alors de chercher du travail dans le football en Italie, « mais je me suis retrouvé à Rosarno exploité pour la récolte des agrumes ». En 2010, dans cette commune non loin de la mer Tyrrhénienne, des centaines d’ouvriers agricoles africains sans papiers, exploités, sous-payés et logés dans un véritable bidonville se révoltent, après l’agression de plusieurs d’entre eux par des habitants attisés par la mafia locale. Une véritable « chasse aux Noirs » s’ensuit, contraignant les autorités à évacuer toute la zone.

  6. © Giacomo Sini

    Ismail, Lorenzo et Cheikh ont récolté des choux. Lorenzo est un jeune Romain qui travaille pour Barikama tous les mardis. Il a le syndrome d’Asperger, une forme d’autisme. La coopérative a mis en place des stages et des contrats de travail pour aider à l’insertion professionnelle et sociale de jeunes Asperger.

  7. © Giacomo Sini

    Modibo prend le petit déjeuner dans un bar au Pigneto, quartier ouvrier de Rome où se situe l’entrepôt de Barikama. « On se retrouve ici chaque matin pour partager les tâches du jour : le travail au domaine, les marchés et les livraisons. »

  8. © Giacomo Sini

    Tony, 31 ans, est arrivé en Italie en 2016 du Nigeria où il était maçon. À Foggia, dans les Pouilles, il a connu les mêmes conditions de travail que les migrants de Rosarno. Lui récoltait des tomates : « Ils me donnaient 4 euros pour 350 kilos de tomate ramassés, mais 1 euro était pour le “caporal” qui voulait aussi 5 euros pour le transport au domaine. » Il a travaillé ainsi pendant quatre mois puis est allé à Rome où il a rejoint Barikama. Il travaille aujourd’hui pour la coopérative.

  9. © Giacomo Sini

    L’une des tâches de Tony est de vendre les produits au « Mercato Trieste » à Rome.

  10. © Giacomo Sini

    Modibo, 32 ans et originaire du Mali, est arrivé à Lampedusa en 2008. Depuis tout petit, il travaille la terre. Aujourd’hui, il prépare aussi le yaourt. « Nous sommes venus à Martignano parce que nous pouvions utiliser la fromagerie, moyennant un loyer aux propriétaires. Le yaourt est le produit qui rencontre le plus de succès. Beaucoup de restaurants nous l’achètent et il est aussi très apprécié par les pâtissiers. » En 2019, la coopération a produit en moyenne 200 litres de yaourt chaque semaine.
    Durant le confinement lié à la crise sanitaire, « la demande était plus élevée que par le passé car les gens ne pouvaient pas sortir. Nous avons été honorés de livrer de la nourriture ».

  11. © Giacomo Sini

    Antonio et Modibo devant le centre équestre Scuderie di Martignano. Anonio est un jeune Romain qui a remis sur pied ce centre au cours des dernières années. Voisin de Barikama, il a demandé à Modibo de défricher le terrain en échange de fumier : « Parce qu’ils ont le tracteur ! »

  12. © Giacomo Sini

    Cheikh apporte à Francesca les produits de Barikama pour le groupe d’achats solidaires (GAS) du centre social « Casale Podere Rosa » à Rome. Le centre soutient Barikama depuis le début. Les réseaux des GAS sont fondamentaux pour ces projets, pas seulement au niveau économique. « Nous tissons de nouvelles relations, nous nous rapprochons d’autres expériences avec lesquelles nous pouvons avoir des échanges. »
    Durant la crise du Covid-19, la coopérative a continué à travailler, précise Cheikh : « Les gens nous demandaient des légumes et du yaourt et nous les avons livrés. C’est important pour nous qui sommes une coopérative sociale. »

  13. © Giacomo Sini

    Modibo chez lui : « J’aime cuisiner ! Bientôt, je travaillerai aussi comme sous-chef pour l’agritourisme de Martignano. » Située à Torrenova dans la périphérie de Rome, à plus de deux heures de route de Martignano, sa maison est très humide quoique accueillante : « Je partage les 500 euros de loyer avec un ami. Je cherche un autre logement mais personne ne veut louer aux Africains. »

  14. © Giacomo Sini

    Le lac volcanique de Martignano est situé dans un parc naturel à 35 km de Rome. Sur ses rivages s’étend le Casale avec son agritourisme, sa fromagerie, le centre équestre, l’élevage et les cultures.

Nos derniers portfolios

Portfolio — 15 photos
par Photos Mahé Elipe Textes Caterina Morbiato
Portfolio — 7 photos
par Agence France-Presse et Justine Brabant
Portfolio — 11 photos
par Yael Martínez / Magnum Photos

À la Une de Mediapart

Journal — International
Des Russes désertent vers la Turquie pour ne pas « mourir pour Poutine »
Après que le président russe a décrété la mobilisation partielle des réservistes pour faire face à la contre-offensive de l’armée ukrainienne, de nombreux citoyens fuient le pays afin de ne pas être envoyés sur le front. 
par Raphaël Boukandoura
Journal — France
La justice dit avoir les preuves d’un « complot » politique à Toulouse
L’ancienne députée LR Laurence Arribagé et un représentant du fisc seront jugés pour avoir tenté de faire tomber une concurrente LREM à Toulouse. Au terme de son enquête, le juge saisi de cette affaire a réuni toutes les pièces d’un « complot » politique, selon les informations de Mediapart.
par Antton Rouget
Journal — France
Retraites, chômage, énergie : Macron attaque sur tous les fronts
Le président de la République souhaite mener à bien plusieurs chantiers d’ici à la fin de l’année : retraites, chômage, énergies renouvelables, loi sur la sécurité, débat sur l’immigration… Une stratégie risquée, qui divise ses soutiens.
par Ilyes Ramdani
Journal — France
« L’esprit critique » cinéma : luxe, érotisme et maternité
Notre podcast culturel débat des films « Sans filtre » de Ruben Östlund, « Les Enfants des autres » de Rebecca Zlotowski et « Feu follet » de João Pedro Rodrigues.
par Joseph Confavreux

Mediapart est actuellement en accès libre : profitez-en et faites-le savoir ! Découvrez tous nos contenus gratuitement C’est l’occasion pour celles et ceux qui ne nous connaissent pas de découvrir un journal totalement indépendant et sans publicité qui ne vit que de l’abonnement de ses lecteurs.
L’information est la première force sur laquelle nous devons compter. Une information de qualité, au service du public, soucieuse de l’intérêt général.
Articles, contenus vidéos, podcasts, enquêtes, dossiers... : découvrez-les et jugez par vous-même.
Si vous souhaitez nous soutenir et prolonger votre lecture après la période d’accès-libre abonnez-vous !

Soutenez-nous