Fibre d'entrepreneur

« Il n'y a pas de taf. Tu tournes la tête à droite, à gauche et s'il n'y a rien, tu n'as plus que ça à faire », dit Ahmadou Saitouli, 35 ans, pour expliquer sa volonté de créer sa huitième entreprise. Entreprendre pour sortir du chômage et de la discrimination. Hervé Lequeux et Sébastien Deslandes enquêtent depuis longtemps sur la jeunesse des quartiers populaires et des grands ensembles. Leur travail a été projeté à Visa pour l'image, publié dans la revue 6 mois, édité dans un livre écrit en… anglais : A French Youth. Pour LA FRANCE VUE D'ICI, l'enquête documentaire et photographique initiée par Mediapart et le festival ImageSingulières (à soutenir ici), ils prolongent ce travail autour du thème « Banlieue, capitale économique ».

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  1. Ahmadou Saitouli, 35 ans. « J'ai arrêté l'école en classe de 3e mais j'ai déjà créé huit entreprises. La première, j'avais 19 ans », précise-t-il. Aujourd'hui, il remonte une société d'installation de fibre optique. Sa précédente entreprise a employé jusqu'à 200 salariés, principalement de son quartier à Cergy (Val-d'Oise). Elle a tenu dix ans. « Une aventure. J'étais le dirigeant, j'avais 25 ans et je gagnais très bien ma vie. J'ai tout flambé, en vacances, en voyage. J'ai simplement acheté un appartement pour ma mère à Cergy. » Aujourd'hui, il recommence à zéro : « Je n'allais pas rester là sans rien faire. Il fallait que je reparte tout de suite. »

  2. « C'est le réseau qui compte. » Ahmadou Saitouli n'hésite pas à courir les réunions des patrons de son département. Il s'est ainsi rapproché de la fédération du Medef dans le Val-d'Oise et fait partie des premiers diplômés de la formation à l'entrepreneuriat co-organisée par l'association “Les déterminés” et le Medef. « Les conférences, les formations, ça ouvre les portes des réseaux. »

  3. Ahmadou sur le terrain. « Aujourd'hui, je ne m'imagine plus être salarié. Beaucoup de jeunes, au quartier, également. Ils ont évolué dans cette énergie de l'entrepreneuriat. C'est aussi selon moi la conséquence d'un manque de boulot. À un moment, il n'y a pas de taf. Tu tournes la tête à droite, à gauche et s'il n'y a rien, tu n'as plus que ça à faire. »

  4. Dans le cadre des activités de son entreprise et d'une commande d'un opérateur de téléphonie, Ahmadou Saitouli vient prendre connaissance de l'avancée du déploiement de fibre. « Quand tu te lances, tu n'as que ta bravoure. Tu n'as aucune idée de ce qu'il faut faire, sinon qu'il te faut avoir un comptable. Mais tu es plein de bonne volonté », raconte-t-il.

  5. C'est à Gennevilliers qu'il a installé les locaux de la société qu'il a rachetée. Outre le déploiement de la fibre optique, il espère pouvoir se distinguer par un « service client » dont il argue des bienfaits, coup de fil après coup de fil, aux opérateurs.

  6. Ahmadou Saitouli est sollicité dans son quartier par les jeunes désireux de trouver un emploi. Il tente alors de leur donner un coup de pouce comme il a pu, un jour, plus jeune, en bénéficier : « C'est la force des quartiers. Les jeunes sont prêts à tout. Et puis tu travailles sur des sites sensibles. Tu as besoin d'avoir confiance. C'était donc une évidence pour moi que d'en appeler à eux, de les former. »

  7. En passant sur le bitume de son quartier, Ahmadou se souvient que c'est ici qu'il a appris « d'un ancien » du quartier « que nous aussi, on pouvait gagner notre vie en travaillant et en créant notre entreprise. Il était de chez nous et réussissait dans son secteur » : déjà le déploiement de la fibre optique.

  8. Dans la salle de boxe de son quartier à Cergy. Ahmadou s'y rend chaque semaine et y retrouve ses amis d'enfance dont les itinéraires sont parfois loin du sien. Ils sont « employés à la mairie, travaillent pour des associations de médiation dans le quartier », précise-t-il.

  9. Hervé Lequeux et Sébastien Deslandes ont commencé leurs reportages sur la jeunesse des banlieues françaises en 2009. Pour LA FRANCE VUE D'ICI, ils ont choisi de se focaliser sur les jeunes entrepreneurs. Leur enquête commence juste. Les photos qui suivent ont été prises lors de leurs précédents reportages. Ici, à Épinay (Seine-Saint-Denis), sur une place au cœur du quartier sur laquelle se retrouvent les jeunes.

  10. En 2010, le quartier Dumas à Épinay en pleine entreprise de réhabilitation des quartiers populaires.

  11. Marseille, quartier nord, Maison blanche. Terrain de jeu.

  12. Les Mureaux (Yvelines). Saber suit une formation pour devenir cariste ou préparateur de commandes.

  13. Amiens (Somme). Roan, 17 ans, habitant des quartiers nord, suit des cours pratiques de cuisine au lycée hôtelier de La Hotoie.

  14. Marseille. Anas au cœur de sa journée de travail dans les quartiers sud.

  15. Le soir, Anas retrouve ses amis au Mail, quartier Picon-Busserine, Marseille 14e.

  16. Vaulx-en-Velin (Rhône-Alpes), dans le quartier du Mas du taureau. Pour ces jeunes, le salon est dans la rue. Ils passeront la soirée ensemble à regarder des vidéos.

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