Militer autrement. Jane Bouvier met les enfants roms à l'école

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Cette jeune Anglaise résidait à Marseille depuis plusieurs années déjà lorsqu’en 2012, dans la cité des Créneaux (un quartier populaire en voie de démolition), des habitants “excédés” chassent une cinquantaine de Roms installés depuis quelques jours et mettent le feu à leurs affaires. Révoltée, cette psychologue clinicienne décide de monter une association, “L’école au présent”, en 2014 et de ne plus se consacrer qu’à une tâche : aider et faciliter la scolarisation des enfants roms. 

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  1. Jane Bouvier dans le bidonville du quartier de La Rose, dans le 13e arrondissement de Marseille.  Ici vivent quelques dizaines de familles roms. « Quand on vit dans la rue, toutes les démarches pour inscrire son enfant à l’école sont très compliquées. Mais le plus dur reste le suivi de la scolarité de ces gamins avec leurs conditions de vie difficiles, rythmées par les expulsions », explique Jane Bouvier. « Une expulsion équivaut en moyenne à 6 mois de déscolarisation, dans un pays où l’école est obligatoire de 6 à 16 ans. »

  2. Bidonville de La Rose. Financée principalement par la fondation Abbé-Pierre, le conseil départemental et la fondation SNCF, “L’école au présent” a accompagné plus de 300 enfants en deux ans. Actuellement, elle en suit environ 150. Jane Bouvier est salariée de son association et gagne quelque 800 euros par mois. « J’avais envie d’être solidaire de ces personnes que tout le monde rejette, dont personne ne veut, explique-t-elle. Je dis toujours à ma fille qui a 8 ans : “Si à l’école, tu sens dans ton ventre que quelque chose n’est pas juste, tu le dis, c’est important.” » Dans la vidéo ci-dessous, elle détaille la situation des familles qu'elles accompagnent :

    Interview Jane Bouvier © Patrick Artinian

  3. Bidonville de La Rose. « Mais avant même l’école, il faut accompagner les parents. Une des premières choses à faire lorsque je rencontre une nouvelle famille, c’est leur domiciliation administrative et l’ouverture de leurs droits à l’aide médicale d’État. Il y a un minimum de choses à mettre en place pour que l’école soit possible », précise Jane Bouvier.

  4. Bidonville de La Rose. Petit à petit, beaucoup de familles parviennent à sortir des bidonvilles et à entrer en logement, les parents accèdent à une formation, parfois à un emploi, et les enfants ont ainsi une scolarité plus normale. À ce moment-là, Jane Bouvier passe le relais.

  5. Bidonville de La Rose.

  6. Le squat du boulevard de Magallon (15e arrondissement de Marseille), une friche industrielle dans laquelle de nombreuses familles ont trouvé refuge. L’été 2016, les Roms qui y résident ont été attaqués à coups de cocktail Molotov et de chevrotine par des inconnus, sept personnes ont été blessées dont des enfants.

  7. Le coffre de la BMW break de Jane est une caverne d’Ali Baba de fournitures scolaires : cartables, stylos, cahiers, etc., mis à disposition par la Fondation Abbé-Pierre. « Ces élèves ont une appétence et une réelle rapidité d’apprentissage ainsi qu’une grande faculté d’adaptation. Ce sont des gamins très dégourdis, constate Emmanuelle Allies, directrice de l’école élémentaire Arenc/Bachas située à deux pas du squat de Magallon. Le problème, c’est les ruptures de scolarité, principalement les expulsions de squat en squat. »

  8. Convaincre les familles roms, souvent illettrées ou analphabètes, d’envoyer leurs enfants à l’école n’est pas toujours facile. Il arrive que certains commencent l’école à 14 ans et ce retard est quasiment impossible à combler car ils n’ont même pas appris à apprendre.

  9. La friche industrielle de Magallon.

  10. Dans le bidonville de La Rose. « Ces personnes ne sont pas considérées. Les enfants ne sont pas des enfants, même pas des enfants roms, ils sont juste des “Roms”, complètement déshumanisés, raconte la fondatrice de “L’école au présent”. En juin dernier, un enfant qui allait chercher de l’eau à la borne s’est fait rouer de coups par trois adultes car ils ne voyaient pas un enfant mais un Rom. J’en ai la rage au ventre. »

    Retrouvez en cliquant ici notre série « Militer autrement », consacrée à ceux qui n'ont pas choisi les partis politiques pour lutter contre un système ou mener une action citoyenne.

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