Les animaux malades de l’humanité

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Les philosophes Florence Burgat et Corine Pelluchon rappellent l’évolution de notre rapport aux animaux (domestiques et sauvages) depuis l’Antiquité, tout en insistant sur l’urgence d’une prise de conscience enfin radicale et définitive…

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Intelligence des bêtes, êtres sensibles souffrant sous la férule humaine ! De ces captations audiovisuelles qui ouvrent les paupières du public sur les coulisses des abattoirs à L’Île aux chiens, le film de Wes Anderson sur une aire concentrationnaire canine dans un Japon futuriste sur le point d’advenir : une prise de conscience, massive, se fait enfin jour.

Dans la vidéo ci-dessous, deux philosophes engagées, brillantes et profondes, attiseront les convictions déjà établies des partisans de la cause animale, tout en dessillant ceux pour qui la question relève encore de l’ordre de l’impensé. Florence Burgat a publié dès 1997 Animal, mon prochain (Odile Jacob), puis vingt ans après – l’an dernier – L’Humanité carnivore (Le Seuil). Corine Pelluchon a pour sa part notamment écrit Éléments pour une éthique de la vulnérabilité : les hommes, les animaux, la nature (Le Cerf, 2011) et plus récemment Manifeste animaliste : politiser la cause animale (Alma, 2017).

Toutes les deux explorent cet enjeu de société que nous n’avons pas toujours vu venir : ce que le poète et philosophe Jean-Christophe Bailly a pu appeler, en allant « au-devant de leur silence », Le Parti pris des animaux. Depuis la fin du siècle dernier, émerge un courant de pensée « antispéciste » posant que les espèces animales méritent le même respect que l’espèce humaine. C’est sur un tel fondement éthique que des associations ont obtenu, en février 2015, la redéfinition, dans le code civil français, de l’animal, désormais considéré comme un « être vivant doué de sensibilité ».

À noter qu’un contre-courant de pensée récuse un tel « animalisme » (que ses contempteurs opposent à l’humanisme), dont témoigne, par exemple, l’essai du philosophe Francis Wolff : Trois Utopies contemporaines (Fayard, 2017). Rendre justice aux animaux serait-il gros d’injustices envers les humains ? Et si, tout au contraire, les animaux personnifiaient notre ultime angle mort (dans le sillage des sujets coloniaux et des femmes) caractéristique de ces relations de domination archaïques et nocives, dont il faudrait nous purger pour que l’espèce humaine devienne enfin humaniste ?

© Mediapart

Repères temporels concernant la vidéo ci-dessus :

Après avoir rappelé l’essai d’Élisabeth de Fontenay, Le Silence des bêtes : la philosophie à l’épreuve de l’animalité (Fayard, 1998), la discussion s’engage (3 min 10) à partir de Plutarque (46-125) : S’il est loisible de manger chair (première mention de la loi du 16 février 2015 à 4 min 10). À 7 min, convergence entre protection animale, écologie et santé publique. À 10 min 50 : le moment cartésien. 14 min 30 : enfin Montaigne vint !

À 15 min : ce qui fonde le droit à avoir des droits. À 17 min 15 : le cas des animaux sauvages qui ne sont pas encore reconnus comme des êtres sensibles ayant droit à la protection, mais comme res nullius (chose n’appartenant à personne). À 20 min 50 : de notre relation « malade » avec les animaux. À 23 min 15 : l’article L214 du code rural.

À 25 min 30 : ce qu’a pu nous dire la littérature contemporaine de la cause animale. À 29 min : un rapport apaisé avec les animaux nous réconcilierait avec nous-mêmes. À 33 min : seule la transition écologique et solidaire est à même d’assurer notre survie.

À 33 min 30 : de l’analogie parfois faite avec l’univers concentrationnaire.

À 39 min : de certaines pratiques à supprimer (cirques avec animaux captifs, chasse à courre, corrida, certains zoos, élevages de fourrure, expérimentations, etc.) tout en s’engageant sur une transition alimentaire.

À consulter, sous l’onglet « Prolonger », les précédentes séances organisées avec le Centre d’histoire sociale du XXe siècle (CHS).

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Depuis avril 2010, Mediapart, en partenariat avec le CHS (Centre d’histoire sociale du XXe siècle : Paris I-CNRS), rebondit sur une question d’actualité en l’approfondissant grâce à des experts, généralement universitaires. 

Françoise Blum est la cheville intellectuelle de ce projet. Les séances se tenaient jusqu’en 2014 dans la bibliothèque Jean-Maitron du CHS, rue Malher, à Paris (IVe). En 2015, nous avons migré dans le studio aménagé par Mediapart en ses locaux.

En 2018, nous avons décidé de nommer cette série « Présence du passé », en hommage à l’émission éponyme coproduite à la télévision française, de 1964 à 1968, par Jean Chérasse, qui tient blog à Mediapart sous le pseudonyme de Vingtras.