Au fin fond du Cameroun, sur les traces d'une bête mythologique

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Sortie en salle, ce mercredi, d'un documentaire hypnotisant : L'Hypothèse du Mokélé-Mbembé raconte la quête obstinée d'un explorateur, persuadé de l'existence d'une espèce encore inconnue, aux allures de dragon, dans le lit d'un fleuve camerounais. Entretien avec sa réalisatrice, Marie Voignier.

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On est en pleine forêt tropicale, au Sud-Est du Cameroun. Au bord d'une piste de terre rouge, un groupe d'hommes passe en revue un cahier de dessins de dinosaures. Celui-là, avec des griffes le long du dos? « On n'a pas ça ici. » Et cet autre ? « Bon, ça c'est comme la sirène, le serpent d'eau. » Et puis vient le tour du Mokélé-Mbembé, dragon du fleuve local, coiffé de cornes quand il s'agit du mâle, qui ne sortirait que « deux fois par an » de son antre.

Celui qui anime la conversation, et pose les questions aux pygmées camerounais qu'il rencontre, s'appelle Michel Ballot : un explorateur à l'ancienne, crâne rasé, deux appareils photos pendus à son coup, que l'on croirait sorti des documentaires de Werner Herzog. Un Européen, blanc, en Afrique noire. Paria de la communauté scientifique, il cherche, depuis bientôt dix ans, dans des zones reculées du Cameroun, les preuves de l'existence d'un animal qui n'existe pas : le Mokélé-Mbembé.

Le film de Marie Voignier, en salle mercredi, emboîte le pas de Michel Ballot : on voit l'homme arpenter ces terres méconnues, attendre la bête, espérer, recueillir les témoignages qui toujours se contredisent, se convaincre, encore et toujours, du bien-fondé de sa démarche, affiner ses certitudes au fil des événements. L'Hypothèse du Mokélé-Mbembé, découvert au Fid Marseille l'an dernier, programmé cet été à la Triennale au Palais de Tokyo à Paris, est un film hypnotisant, tourné sans trembler en 13 jours à peine, qui émeut surtout lorsque la caméra se met, elle aussi, à guetter, depuis les rives du fleuve, le surgissement de cette bête mythologique. Lorsque le spectateur finit par croire, tout aussi fort que Ballot, à l'existence du Mokélé-Mbembé. Entretien avec sa réalisatrice.


Comment avez-vous rencontré Michel Ballot ?
Cela s'est fait par le biais d'une amie philosophe, qui s'intéresse, pour sa thèse, aux images issues de la cryptozoologie, cette pseudo-science des animaux cachés, non reconnus par la zoologie officielle. Typiquement des images du yéti ou du big foot – ce genre de photos floues, qui sont censées prouver l'existence de quelque chose.

Avec cette amie, nous sommes allées, en 2009, à un colloque de cryptozoologie, à Berlin. Il y avait une communication sur le travail de Michel Ballot. On présentait son travail, ses photos, son journal filmé. Sur le moment, je vois surtout sa ressemblance avec l'acteur Klaus Kinski, et surgit pour moi tout le potentiel cinématographique du sujet. Quelques semaines plus tard, il me reçoit chez lui, près de Nice, et l'on tombe assez vite d'accord, après quelques heures d'échanges, pour faire ce film ensemble.

C'est davantage l'explorateur qui vous intéresse, que le Mokélé-Mbembé ?
Oui. Mon objectif était de le filmer lui, de voir comment il s'y prend pour chercher cet animal, de comprendre sa méthode et sa quête. Je ne voulais absolument pas donner mon point de vue sur Mokélé-Mbembé, ou celui des pygmées sur cette bête. Tout devait passer par Michel. Je voulais que l'on se rapproche le plus possible de ce moment, où l'on va croire, nous aussi, avec lui, au Mokélé-Mbembé, qu'il nous emmène au plus près de sa croyance.