Un roman pour se réapproprier l’Australie

Par Sophie Ehrsam (En attendant Nadeau)

Les remous autour de la fête nationale australienne, fixée le 26 janvier, en référence à l’arrivée des premiers colons britanniques, rappellent combien ici les mémoires sont encore à vif. Tara June Winch a reçu l’équivalent australien du prix Goncourt pour La Récolte, une histoire à trois voix ; il faut bien cela pour tenter de mieux cerner l’histoire de ce pays, entre Aborigènes et Européens.

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«Je suis né au Ngurambang – vous entendez ça ? Ngu-ram-bang. Si vous le prononcez comme il faut, ça cogne contre le fond de votre bouche et vos mots doivent avoir le goût du sang. » Au crépuscule de sa vie, Albert Gondiwindi se lance dans la rédaction dun dictionnaire de sa langue, celle du peuple wiradjuri. Un dictionnaire qui concentre toute une culture et commence par la fin de lalphabet, comme un pied de nez au temps linéaire enseigné par l’Église chrétienne. À reculons, « backward », cest-à-dire aussi « un clin d’œil au monde arriéré [« backward »] de Whitefellas dans lequel j’ai grandi ».