Jean Genet à l'Odéon : “Les Nègres” ravive l'ère du cruel simulacre

Par

Magnétique, formaliste et inspiré, Bob Wilson propose une mise en scène radicalement ramassée d'une bombe à fragmentation : Les Nègres de Jean Genet. Et si cette sarabande théâtrale, qui joue avec les mots et les morts, présageait le temps des nouveaux simulacres horrifiques ?...

La lecture des articles est réservée aux abonnés.

Mariant flétrissure et pureté, détestation globale du monde et amours particulières d’autrui, Jean Genet recherchait « le plaisir au fond de la chair martyrisée » (Sartre). Il revendiquait, avant la lettre, une fierté gay. L’homosexuel se pose, chez lui, en sujet libre. Échappe-t-il pour autant à sa condition d’objet : d’être réifié, jaugé aussi bien que jugé par les pouvoirs normatifs ? Même Sartre, quand il publie Saint Genet, comédien et martyr en 1952, bien qu’en avance sur son temps – Jacques Lacan imaginait alors encore guérir les invertis ! –, même Sartre se figure l’homosexualité tel un univers de vices souterrains.