Licenciement à «L’Obs»: les actionnaires sommés de s’expliquer

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Après le licenciement politique d'Aude Lancelin, ses avocats demandent des explications aux actionnaires de L’Obs. Les syndicats de journalistes du groupe Le Monde aussi.

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Les trois principaux actionnaires de L’Obs, Matthieu Pigasse, Xavier Niel et Pierre Bergé, n’en ont pas fini avec l’affaire du licenciement de la directrice adjointe de l’hebdomadaire, Aude Lancelin. Alors qu’ils voulaient accréditer l’idée que son éviction était une simple affaire « managériale », du seul ressort du directeur de la rédaction, Matthieu Croissandeau, et non du leur, les révélations de Mediapart ont clairement établi qu’il s’agissait d’un licenciement pour motif politique, dont ils avaient eux-mêmes pris l’initiative et dont ils avaient débattu à l’occasion d’un conseil de surveillance (lire La presse à l’heure des purges et des publireportages, et les autres articles mentionnés dans notre encadré « Lire aussi »).

Résultat : les voici interpellés de toutes parts. Les syndicats du groupe Le Monde, dont ils sont aussi les propriétaires, les somment de s’expliquer, et disent leur solidarité avec les salariés de l’hebdomadaire. Les avocats de la journaliste, Mes Frank Berton et William Bourdon, ont eux aussi décidé de les interpeller.

Comme Mediapart l’a révélé, de nombreux indices attestent que les instructions en vue du licenciement d’Aude Lancelin viennent des actionnaires qui lui font visiblement grief d’avoir donné la parole dans les pages “Débats” de L’Obs à des intellectuels trop proches, à leur goût, de Nuit debout : un SMS que Claude Perdriel (l’ancien propriétaire du groupe de presse, qui détient encore 34 % du capital) a adressé à la journaliste plusieurs jours avant l’enclenchement de la procédure de licenciement le confirme, tout comme la teneur des échanges entre les actionnaires lors d’un conseil de surveillance récent (lire Licenciement politique à «L’Obs»: le SMS qui confirme).

Au nom de leur cliente, les deux avocats ont donc décidé d’adresser par porteur, mercredi 8 juin, une lettre aux trois principaux actionnaires, Pierre Bergé, Xavier Niel et Matthieu Pigasse.

Voici une copie du courrier adressé à Matthieu Pigasse (les deux autres sont identiques) :

 

Dans ce courrier, les avocats font en particulier ces constats : « Des éléments confirment en effet que cette décision a été prise, de manière tout à fait singulière, par certains membres du Conseil de surveillance de la société. Et cela en contravention manifeste avec la “Charte” de l’Obs qui stipule que les actionnaires “s’interdisent d’intervenir d’une quelconque manière sur le travail journalistique des membres de la rédaction”. Il est établi que, le 11 mai dernier, c’est bien à l’occasion d’une réunion du Conseil de surveillance de L’Obs que Monsieur Claude Perdriel a tenu publiquement et sans ambages des propos menaçants à l’égard de notre cliente. Nous ne trahissons pas sa pensée en rappelant qu’il aurait alors considéré que Madame Aude Lancelin ne respectait pas la ligne éditoriale “sociale-démocrate” du journal et qu’elle publiait des “articles anti-démocratiques dans ses pages”. Le contenu du SMS adressé par Monsieur Claude Perdriel le 14 mai 2016 à 18h26, dont nous rappelons comme suit le contenu : “Chère Aude, vous avez toute ma sympathie mais la décision du dernier conseil est évidemment irrévocable. Votre talent est indiscutable, vous êtes jeune, vous n’aurez pas de problème pour trouver du travail, nombreux sont ceux qui vous soutiennent. Moralement c’est important. Je respecte vos opinions mais je pense qu’elles ont influencé votre travail”, ne laisse pas non plus le moindre doute sur les raisons véritables de cette éviction », écrivent-ils.

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