«La Peinture à Dora», précis de résistance

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C’est un tout petit livre, écrit gros. Pourtant ce n’est pas un conte pour enfants, mais un récit autobiographique pour adultes, du genre qui se glisse dans la poche d’un ami comme un viatique qui vaut provision pour le cheminement d’une vie. Un texte d’un écrivain qui a eu une influence déterminante sur la littérature française : François Le Lionnais, résistant et fondateur de l’Oulipo.

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La Peinture à Dora est un récit bref que publie François Le Lionnais en mars 1946, alors qu’il est revenu de déportation moins d’un an auparavant. Il y raconte une toute petite chose : comment, alors qu’il est interné au camp de concentration de Dora, dépendance du camp de Buchenwald, il passe le temps infini de l’appel – qui pouvait durer cinq ou six heures, debout dans le froid, à attendre que les SS comptent et recomptent les prisonniers – en décrivant un certain nombre de tableaux à un jeune déporté qu’il avait pris sous sa protection. L’idée lui en était venue par le biais d’une vision, une quasi-hallucination sans doute, provoquée par l’affaiblissement physique : « L’enfer de Dora se métamorphosa subitement en un Breughel dont je devins l’hôte » ; lui qui disait avoir vécu une certaine partie de sa vie dans des tableaux trouve là un moyen d’évasion intérieure.