Octobre 17. David Zaslavski, le zélé «travailleur de la libre presse soviétique»

Par Cécile Vaissié

Né en 1880, David Zaslavski s'engage très jeune dans le Bund, qui entend défendre le prolétariat juif. Durant des années, il dénonce les bolcheviks, présente Lénine comme un espion allemand. Jusqu'à se rallier corps et âme au régime, puis au stalinisme. Journaliste durant trente-sept ans à la Pravda, il devient le plus zélé des plumitifs du régime, ses articles donnant le signal des limogeages et arrestations.

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Ses articles, pas toujours signés, faisaient trembler, et son nom même suscitait la terreur. Plus de vingt-cinq ans après sa mort, des témoins l’évoquaient encore comme un « pogromiste littéraire » et assuraient que « la presse soviétique de son temps n’[avait] probablement pas connu de plumitif aussi cynique et aussi sanguinaire »1 (lire les notes de cet article sous l'onglet Prolonger). Dans les années 1930, 1940 et 1950, les attaques de Zaslavski, publiées dans la Pravda ou d’autres journaux officiels, annonçaient bien souvent des arrestations et indiquaient, en tout cas, la vulnérabilité extrême des personnes ciblées. Pourtant, jusqu’à récemment, les historiens de la littérature soviétique ne savaient que peu de choses du parcours de Zaslavski.