Les journaux ouvrent parfois leurs colonnes à des faits divers évoquant un enfant sauvage, retrouvé errant dans les forêts indiennes ou européennes, découvert grimpant dans un arbre, incapable de s’exprimer autrement que par des cris ou des grognements. Les histoires de ces individus qu’on dit élevés par des singes ou des loups, tels de nouveaux Mowgli, se repaissant de baies et dormant dans des tanières, sont souvent dénoncées comme des fabrications. Or elles continuent de passionner les lecteurs. Nul doute que Jean-Luc Chappey, auteur d’un remarquable essai sur « Victor de l’Aveyron », aurait quelques idées sur ce que de telles réactions nous apprennent de la valeur que nous accordons à la civilisation et, surtout, de l’attitude que nous avons envers l’Autre : comme il le met en évidence, par le biais de différents exemples, toute société projette une notion de barbarie correspondant à sa vision des normes.