L’histoire noire américaine est devenue un sujet littéraire

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Un nouveau, voire un contre-récit national américain : c’est ce que visent des textes qui paraissent en France cet hiver, et qui sont autant de « contrenarrations » : Les Confessions de Nat Turner, dont s’inspire le film de Nate Parker, The Birth of a Nation ; et des livres dont l’objet est de raconter, ou de re-raconter, une histoire noire américaine : ceux de Ta-Nehisi Coates, Sylvain Pattieu et John Keene.

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The Birth of a Nation, le film de Nate Parker, commémore à sa façon le centenaire du film de D. W. Griffith, qui se caractérisait par ses innovations formelles et son racisme manifeste. À cette nation, Parker entend opposer une autre : celle qui naît dans la lutte des esclaves pour leur liberté. Le film s’inscrit dans un genre, le film d’esclave, qui a connu un indiscutable renouveau ces dernières années. Ses premiers succès peuvent s’expliquer par la façon dont il permet, sans nécessairement les réunir toutes, de croiser différentes préoccupations contemporaines : l’histoire d’un homme « based on a true story » (c’était le cas pour Twelve Years A Slave de Steve McQueen, 2013), la fresque épique, la violence extrême (dont jouait Django Unchained de Quentin Tarrantino, 2012). Mais tous ces films visent surtout à prolonger les combats noirs américains, dont la nécessité reste pressante, comme en témoigne depuis 2013 le mouvement #blacklivesmatter, et alors que le Ku Klux Klan a salué l’élection de Donald Trump. Ce cinéma le fait en réécrivant une histoire de l’Amérique, en contribuant à la fabrication d’une histoire africaine-américaine ; le phénomène est peut-être moins manifeste pour la littérature, il est pourtant tout aussi sensible.