La langue de Pierre Guyotat, du côté de tous

Par Tiphaine Samoyault (En attendant Nadeau)

Quatrième étape du chemin autobiographique de l’œuvre de Pierre Guyotat – après Coma, Formation et Arrière-fond –, Idiotie montre comment toutes les formes de la révolte sont des conduites politiques de l’art. 

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Formation racontait comment l’évidence de l’art et le destin de poète s’inscrivaient dans le corps et l’esprit d’un jeune adolescent. Idiotie commence quelques années plus tard et évoque les années 1958 à 1962, qui sont celles de toutes les rébellions : fugue à Paris, vol d’argent dans la chambre sanctuarisée de la mère morte, voyeurisme, révolte contre la hiérarchie militaire… Dans l’histoire de France, ces années sont celles de la guerre d’Algérie. Dans la vie de Pierre Guyotat aussi, du moins les deux dernières, qui achèvent sa formation en lui révélant la dimension politique de sa destinée d’artiste : le poète est en effet celui qui est en empathie profonde avec tous, pas le représentant d’une classe, d’une langue ou d’un pays. Ses langues devront inclure l’ensemble des êtres vivants, en particulier celles et ceux qui n’en ont pas : les animaux (surtout les chiens, mais aussi les oiseaux), les analphabètes, les rejetés, les rebutés.