«Voici venir les rêveurs»: un roman africain américain d’Imbolo Mbue

Par

Voici venir les rêveurs est le premier roman d’Imbolo Mbue, écrivaine née au Cameroun, installée aux États-Unis depuis 1998. Le livre reflète les tensions nées de la confrontation entre Amérique et Afrique : ces contradictions font la matière du récit, mais minent aussi le projet éditorial du livre.

La lecture des articles est réservée aux abonnés.

Les « rêveurs » du titre, ce sont Jende, Neni, et leur petit garçon Liomi ; originaires de Limbé, ville anglophone du sud-ouest du Cameroun, ils viennent tenter leur chance à New York : le livre s’annonce comme une version africaine de l’American dream. Tels les Persans de Montesquieu, les héros promènent leur regard neuf sur le monde familier du lecteur, ce qui procure son lot d’exotismes plaisants – des tournures en pidgin english émaillées de mots français et bawkeris viennent pimenter la langue de Jende comme la bonne cuisine de Neni. Mais observer le centre du monde depuis le point de vue de ceux que l’on cantonne à ses marges permet aussi de porter un regard critique : Jende devient le chauffeur de Clark Edwards, banquier chez Lehman Brothers, alors que s’annonce la crise des subprimes ; Neni entreprend des études de pharmacienne mais est vite confrontée à la difficulté de financer sa formation.