Des militants cogitent sur les grèves de demain

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La Bourse du travail de Paris a accueilli le 27 janvier une journée de réflexion, entre haine du travail tel qu’il est et désir de faire autrement. À l’heure de Deliveroo et Blablacar, les participants ont discuté des manières dont les nouvelles technologies, qui favorisent parfois l'exploitation de travailleurs précaires, peuvent aussi préparer les mobilisations de demain.

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« Pour ceux qui testent, détestent ou contestent le travail. » Telle était la baseline de la journée organisée, samedi 27 janvier, à la Bourse du travail à Paris, pour « penser le travail » et surtout les façons d’y échapper et/ou de le transformer.

« C’est une journée auto-organisée et hybride, détaille l’écrivain de science-fiction Alain Damasio, l’un des organisateurs, dont l’idée est née de la volonté de poursuivre la lutte contre la loi Travail II, bouclée en quelques secondes par le pouvoir, en alternant action directe et propositions. Après la “chasse aux DRH” à la rentrée, on voulait donc proposer des alternatives au travail tel qu’il existe. »

Intitulée « Tout le monde déteste le travail », pour faire écho au slogan « Tout le monde déteste la police » des mobilisations contre les mesures successives portées sous Hollande et Macron, cette journée avait pour but de prolonger, dixit Éric Beynel, de l'Union Syndicale Solidaires, le « bouillonnement de forces qui s’était manifesté depuis 2016, à Nuit debout ou dans les cortèges, afin de reconstruire une hégémonie culturelle sur cette question du travail ».

Boulevard du Temple à Paris Boulevard du Temple à Paris

« Détester le travail » à la Bourse du travail, n’est-ce pas un paradoxe susceptible de rebuter de nombreux travailleurs et syndiqués, et n’est-ce pas prendre le risque de se retrouver dans un entre-soi gauchiste et anarchiste ? « Il y a eu un gros débat en interne, reconnaît Alain Damasio. J’étais plutôt contre au départ, mais je dois reconnaître que c’est un très bon titre. Non seulement parce que la dimension provocatrice, second degré et ironique fonctionne, mais aussi parce que, face au monde économique de Macron, qui essaye de nous faire croire que tout le monde est libéré dans et par le travail, on peut faire le pari que l’écrasante majorité des gens souffrent et détestent leur travail. La plupart des gens qui ont un emploi oscillent entre le burn out et le bore out. » Le titre et le programme de la journée ont, quoi qu’il en soit, fait venir un public massif et attentif, jeune et divers, souvent proche du site Lundimatin, le miroir numérique du Comité invisible.

Selon Éric Beynel, les syndiqués n’ont pas été découragés par l’intitulé de la journée, puisque « des syndicalistes de la CGT ou de la FSU sont présents, même s’ils ne sont pas dans l’organisation. Notre idée est de refaire de ces bourses du travail des lieux d’échanges, de débats, de confrontations, comme c’était le cas au début du XXe siècle. La situation écologique, politique et sociale impose de ne pas s’enferrer dans de vieilles et vaines querelles. Le lien entre autonomes et syndicats n’est pas évident, mais on s’est retrouvé dans les manifestations contre la loi Travail, dans la lutte contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, contre l’enfouissement de déchets à Bure, et il est important de se réunir maintenant dans des espaces où on peut inventer des possibles partagés ».

Cette convergence entre les autonomes et les syndicats « existait peu ou pas », abonde Alain Damasio. « Aujourd’hui, ajoute-t-il, on fait discuter des anarchistes, des autonomes, des communistes révolutionnaires, des syndicalistes, des artistes, des membres du Comité invisible, pour construire un ailleurs ou un en-dehors du travail… »

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Le public a circulé toute la journée entre le grand auditorium où débattaient, au sujet du « néomanagement », de « l’offensive technologique du capital » et de l’« au-delà du salariat », des employés en lutte d’Orange et de Lidl, un livreur Deliveroo de Brighton, des membres de la plateforme Blablagrève, des acteurs de la campagne « Make Amazon Pay », des avocats et des sociologues, et la grande salle de réunion, où des orateurs allant du professeur de droit Emmanuel Dockès à l’autonome italien Franco Piperno, en passant par le philosophe algérien Sidi Mohammed Barkat, exposaient leurs vues sur le travail « sans capitalistes ni rentiers », la « religion industrielle » ou le « travail en trompe-l’œil ».

Entre les deux salles, il était possible de se procurer à prix libre des sandwichs tartinés de « terrine de la ZAD », d’aller réaliser des sérigraphies et des gravures dans une salle ad hoc, d’écouter les sons diffusés par le collectif Zanzibar, qu’Alain Damasio décrit comme des « fictions ironiques de “team building” ou “team banding” à destination de cadres vivant en 2040 », ou encore d’acheter des livres dont les titres annonçaient le ton de la journée : Libérons-nous du travail, par le Comité érotique révolutionnaire, Le Travail à mort, au temps du capitalisme absolu, de Bertrand Ogilvie, ou encore Le Gros capitaliste, texte de B. Traven édité par les éditions Libertalia.

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