De si jolis petits vélos dans les livres...

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Les cycles ne sont pas que romanesques en littérature. Ils sont aussi de simples vélos qui se promènent dans les œuvres. Plusieurs romans et essais de cette rentrée littéraire 2011 ont une bicyclette pour prétexte. En selle, David Byrne, Catherine Cusset, Sergi Pàmies et Graham Robb et leurs «petits vélos».
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La littérature aime les cycles : pas seulement les massifs romanesques en plusieurs tomes mais les vélos. Il serait vain de vouloir dresser un catalogue des «à bicyclette» de la littérature contemporaine. Citons simplement, pour le plaisir, le fameux Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour? de Georges Perec (1966) et Méli-Vélo (2009), abécédaire amoureux d’un autre oulipien, Paul Fournel.

En exergue de ce drôle de dico, une phrase de Jean-Noël Blanc dans La Légende des cycles – on appréciera le clin d’œil à l’épopée hugolienne – pourrait ouvrir le peloton des vélos de cette rentrée littéraire: «Les dictionnaires qui possèdent la réputation d’avoir raison sur tout se trompent sur un point: le vélo n’est pas un moyen de locomotion. C’est un conte de fées.» Et un embrayeur de récits. En selle, David Byrne, Catherine Cusset, Serge Pàmies et Graham Robb et leurs petits vélos.

L’historien anglais Graham Robb dit devoir son Histoire buissonnière de la France (Flammarion) à «22.500 km en selle et 4 années en bibliothèque». Son parcours, savant et passionnant, est une véritable «expédition», «relativement chronologique, de la fin du règne de Louis XIV à la déclaration de la première guerre mondiale, s’autorisant parfois quelques crochets par la Gaule préromaine et la France actuelle». Une volonté: explorer, réduire «le fossé entre savoir livresque et vécu».

Un moyen: cette «machine miraculeuse», le vélo, qui «déroule un panorama à 360 degrés sur le paysage, permet d’en saisir les moindres gradations à travers les changements de braquet et de tension musculaire, de sorte qu’il est difficile d’en perdre une miette» et autorise les chemins de traverse.

Le résultat: la saisie d’un pays «en perpétuelle mutation»: «plus qu’un récit définitif», «un itinéraire possible». Graham Robb explore les cartes et temporalités de cette France qui, à la veille de la Révolution, «mesurait trois semaines de long (de Dunkerque à Perpignan) et autant de large (de Strasbourg à Brest)». Il analyse la manière dont s’est construite une identité nationale, véritable «propagande» depuis la Révolution pour unifier ce pays «puzzle de micro-provinces» jusqu’alors animé par un «patriotisme local», des langues et des coutumes très contrastées.

Cette topographie buissonnière, à bicyclette, est un recueil de récits de voyageurs (explorateurs, écrivains, travailleurs migrants, touristes), comme une analyse des moyens de locomotion (bateaux, diligences, trains, voitures) qui ont profondément modifié notre perception de l’espace. C'est une mise en perspective de l’histoire de la France, fourmillante d’anecdotes, de portraits, de vignettes dont le vélo est le prétexte.

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