Une rentrée littéraire 2011

Critiques, entretiens, rencontres... De Trouillot à Grossman, de Franzen à Chalandon, en passant par Carrère, avant la remise des prix littéraires, revisitez notre sélection de 18 romans, sortis à l'automne 2011. Et même avant septembre, pour quelques ouvrages en lice, tels que ceux de Jean-Christophe Bailly, Mathieu Lindon, Elena Rjevskaïa.

Prix Goncourt. Le roman du remords colonial

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L'Art français de la guerre, d'Alexis Jenni, pourrait s'appeler Du sang, de la volupté et de la mort comme l'essai de Maurice Barrès. Il renverse toutefois cet ordre, d'un souffle propre à une conscience révulsée par l'injustice coloniale, mais fascinée par les vaincus escamotés de cette aventure. Ce roman d'une ampleur cosmique fore somptueusement nos traumas bellicistes.

James Frey: «Si le Messie devait réellement revenir, c’est à New York qu’il viendrait»

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Vidéo accessible dans le corps de l'article. Vidéo accessible dans le corps de l'article.

James Frey est l'un des plus grands écrivains américains contemporains. L'un des plus controversés aussi. Rencontre à l'occasion de la parution de son dernier roman, Le Dernier Testament de Ben Zion Avrohom, qui renvoie l'Amérique à ses démons. Entretien vidéo.

Alessandro Piperno: «La littérature, c'est comme la masturbation»

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Lorsque Alessandro Piperno (photo) interroge la place du fait divers dans la machine sociale et judiciaire de l'Italie, il écrit Persécution: c'est une fable universelle qui rencontre l'actualité, et l'un des plus beaux romans étrangers de cette rentrée littéraire. Entretien et premières pages à lire en PDF.

Rentrée littéraire: combien de morts ?

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Bookart, oeuvre de Kitap Seysi © DR Bookart, oeuvre de Kitap Seysi © DR

654 romans publiés: chaque rentrée est un accident industriel, une production qui loupe son objectif, avec de gros dommages. Bien plus qu'économique, le gâchis est littéraire. Invitation au bal des sacrifiés.

De si jolis petits vélos dans les livres...

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Les cycles ne sont pas que romanesques en littérature. Ils sont aussi de simples vélos qui se promènent dans les œuvres. Plusieurs romans et essais de cette rentrée littéraire 2011 ont une bicyclette pour prétexte. En selle, David Byrne, Catherine Cusset, Sergi Pàmies et Graham Robb et leurs «petits vélos».

Prix Renaudot. Limonov-Carrère, un trouble jeu de miroir

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Ecrire la vie d'un écrivain qui a lui-même beaucoup écrit sa vie ? Le kidnapping littéraire d'Emmanuel Carrère est aussi l'occasion de « déplier la Russie ». On se passionne pour ce Limonov traversant le siècle. Et plus encore pour les souterraines correspondances entre l'auteur et son «personnage».

David Grossman : « Si Barack Obama me lit jusqu’au bout… »

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Une femme fuyant l'annonce est un chef d'œuvre. Il vient de remporter le prix Médicis étranger ce 4 novembre 2011. Rencontre avec son auteur, l'Israélien David Grossman, qui parle de l'écriture et, dans le droit fil de son livre, de la «paralysie» israélienne, des manifestations, de la reconnaissance de l'État palestinien par l'ONU. Obstinément idéaliste et pragmatique. Mediapart vous propose aussi des extraits du livre.

  • Le prix Medicis français a été attribué à Mathieu Lindon pour Ce qu’aimer veut dire (lire ici)

Carlos Liscano: «Écrire, ce n’est pas très sérieux»

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Carlos Liscano ©Christine Marcandier Carlos Liscano ©Christine Marcandier

Carlos Liscano est considéré comme l'un des écrivains majeurs de la littérature sud américaine. La parution de son dernier texte, Le Lecteur inconstant suivi de Vie du corbeau blanc (Belfond), est l'occasion de rompre avec son image d'écrivain de la prison et de trouver une forme d'abandon «vers une libération totale». Rencontre et entretien.

L'Américain Adam Levin livre ses «Instructions»

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Adam Levin © Barbara Tajan Adam Levin © Barbara Tajan
Qualifié par la critique américaine de «révolution littéraire», le premier roman d'Adam Levin, Les Instructions, vient tout juste de sortir en France. Objet littéraire fou, il retrace quatre jours dans la vie de Gurion ben-Judah Maccabee, un garçon de 10 ans surdoué et violent, qui se prend pour le Messie. Rencontre avec son jeune auteur, de passage à Paris.

Adam Ross: «Nous investissons davantage dans le virtuel que dans le réel»

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Mr. Peanut, premier roman de l'écrivain américain Adam Ross, peinture au vitriol du mariage, arrive en France précédé d'un véritable buzz: sélectionné parmi les meilleurs livres de l'année 2010 par le New Yorker comme le New York Times, adoubé par Richard Russo et Stephen King. Qu'en est-il vraiment?

Coups de pompe: «Fini holiday on oil»

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En 1927, Upton Sinclair écrivait Oil!, une épopée de l'or noir. Deux romans en cette rentrée littéraire, Brut de Dalibor Frioux et Julian de Robert Charles Wilson, inversent le mythe. Que serait le monde de l'après-pétrole?

Prix Interallié : «Gang des barbares». Tout, tout de suite... et après

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Bagneux. Bagneux.

Un « roman », comme l'annonce la quatrième de couverture ? Non, ou si peu : Morgan Sportès revisite l'affaire du «gang des barbares» sans verser dans la littérature du vautour. Il reconstitue minutieusement l'histoire d'une bande qui n'en était pas une et ce qu'il fut impossible de voir, ou d'entendre, lors d'un procès à huis clos. Panne de transmission à la fois familiale et sociale, ouvrant sur un vide qui peut préluder au pire. «Rien de plus compliqué qu'un barbare», écrivait Flaubert...

Avec les premières pages du livre

En route vers «La Belle Amour humaine»

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Critique, écrivain engagé, Lyonel Trouillot est bien trop imprégné de l'île qui l'a vu naître pour prendre le large très longtemps de Port-au-Prince. S'il se décide à quitter sa «capitale», c'est comme Thomas, le protagoniste principal de son récent roman, La Belle Amour humaine, pour servir de guide à un voyage intérieur dans son propre pays, en encourageant ses lecteurs à en explorer le sens réconfortant de la destinée collective.

Lyonel Trouillot: «Parler d’un lieu du monde, c’est parler du monde»

Lyonel Trouillo © Marc Melki Lyonel Trouillo © Marc Melki

Lyonel Trouillot livre, avec La Belle Amour humaine (Actes Sud), un somptueux roman des voix, interrogeant notre «présence au monde». Placé sous le signe du «réalisme merveilleux» défini par Jacques Stephen Alexis – auquel le livre est dédié –, le récit peut se lire comme une allégorie. Mais il est aussi profondément ancré dans le présent haïtien, ses mutations, ses enjeux économiques comme politiques. Entretien, à quatre voix.

Trois livres pour trois futurs sans avenir

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Ils sont trois à écrire sur un futur immédiat et très sombre. Loin de la science-fiction, plus proches de la rêverie éveillée, du pas de côté. Avec, pour deux d'entre eux, un désespoir générationnel, et le «vieux» comme prédateur... Anne Maro, Antoni Casas Ros et François Dominique: leurs hantises, leurs colères et des extraits de leur livre.

Franzen et «Freedom»: est-ce vraiment aussi bien qu'on le dit?

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Jonathan Franzen. © (dr) Jonathan Franzen. © (dr)

Jonathan Franzen était l'un des quatre ou cinq auteurs attendus de la rentrée littéraire 2011: Freedom s'est installé en tête des ventes de livres. Mais la critique est divisée. Analyse de cet accueil, une fois la vague médiatique passée, autour d'un dialogue à distance, par mail, avec l'auteur. Avec les premières pages du livre, en exclusivité.

Sorj Chalandon donne l'extrême-onction littéraire à son traître

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Grand Prix du roman de l'Académie française, en lice pour le Goncourt et l'Interallié, Retour à Killybegs (Grasset) de Sorj Chalandon s'avère aussi abouti que dérangeant. Cette confession prenante et fulgurante prêtée à un renégat irlandais de l'IRA donne au lecteur la faculté d'admettre l'inadmissible. Arrêt sur sortilège...

André Markowicz, auteur de traductions, illumine la littérature russe

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Sur la couverture du livre, son nom figure tout en haut, et c'est justice. Avec Le Soleil d'Alexandre, André Markowicz nous donne une extraordinaire anthologie de la poésie romantique russe et le roman d'une génération brisée par la répression. Rencontre.

Didion, Goldman, Oates... la mort leur va si bien

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Trois écrivains américains délaissent la fiction pour des récits de deuil: Joyce Carol Oates réussit à rester en vie après la mort de son mari, Ray Smith, éditeur. Francisco Goldman élève un tombeau littéraire à sa jeune épouse, Aura Estrada (Dire son nom, qui vient de recevoir le prix Femina étranger 2011). Enfin L'Année de la pensée magique (National Book Award), qu'écrivit Joan Didion en 2005 reparaît, traduit et adapté pour le théâtre.