James Frey: «Si le Messie devait réellement revenir, c’est à New York qu’il viendrait»

Par

James Frey est l'un des plus grands écrivains américains contemporains. L'un des plus controversés aussi. Rencontre à l'occasion de la parution de son dernier roman, Le Dernier Testament de Ben Zion Avrohom, qui renvoie l'Amérique à ses démons. Entretien vidéo.

Cet article est en accès libre. L’information nous protège ! Je m’abonne

James Frey ou la controverse: dès son premier livre, il fait scandale (voir Prolonger). En 2011, loin de jouer le repli stratégique, Frey renvoie l’Amérique ultra-religieuse à ses démons: dans Le Dernier Testament, son dernier roman, le Messie revient sur terre, à New York. Ben Zion Avrohom «autrement appelé Ben Jones, autrement appelé le Prophète, autrement appelé le Messie, autrement appelé le Seigneur Dieu» n’a «rien de spécial». «Juste un blanc».

«J’ai juste pensé que c’est ainsi qu’elle parlerait (NDLR : Mariaangeles, narratrice de cet incipit). C’était une manière de dire que cette personne qui deviendrait le Messie était tout sauf exceptionnelle au début de l’histoire jusqu’à sa transformation, jusqu’à ce qu’il devienne ce qu’il est. J’ai pensé que ce serait ce qu’elle dirait de lui. C’est plutôt drôle de commencer un livre qui parle du Messie de cette manière. J’ai bien ri quand j’ai écrit ça», nous explique l'auteur, goguenard.

James Frey 2011 - 5/6 - Messie © Mediapart

Un Messie ordinaire qui prêche une forme d’amour universel, sans dogme, sans barrières sociales ou sexuelles. Pour lui, «la foi est l’excuse des imbéciles», une arme pour asseoir un pouvoir temporel. Ben refuse les religions révélées qui n’ont de cesse de «rationaliser le mal» et de «créer le conflit, la violence et la mort»: «L’apocalypse arrivera à cause de l’homme, pas à cause d’un Dieu qui n’existe pas», «le monde va finir si on ne le change pas».

Le nouveau Messie est présenté aux lecteurs à travers treize témoignages de personnes qui l’ont croisé ou aimé. Comme de nouveaux évangiles. Tous pensent que Ben incarne «une dernière chance» de sauver le monde de la «supercherie» des religions, de la «faillite». L’auteur est ici «ventriloque» comme il nous l’explique lors d’une rencontre à Paris, en juin dernier. «À la fin de chaque chapitre je devais réapprendre à parler avec une voix totalement nouvelleLe Dernier Testament est un challenge littéraire comme un défi politique. Une fable du monde comme il est et comme il va: «New York est la capitale financière et culturelle du monde. C’est un endroit d’une incroyable diversité, densité, énergie. C’est le symbole du monde d’aujourd’hui. Si le Messie devait réellement revenir, c’est là qu’il viendrait. C’est le seul endroit possible.»

James Frey 2011 - 6/6 - New York © Mediapart

Le récit n’est volontairement pas situé dans le temps, les années 1990 sont mentionnées comme un passé révolu, «sans marqueurs qui pourraient dater l’histoire. Dans le meilleur scénario, en lisant le livre dans cinquante ans, ce sera toujours aussi pertinent»…

James Frey livre avec ce Dernier Testament un roman puissant et ambitieux, un texte adapté à un monde qui détient l’arme nucléaire, manipule la génétique, a connu révolutions sociales et sexuelles. Les deux premiers testaments? «Un récit de science-fiction de l’âge de pierre». James Frey critique violemment le rêve américain («juste pour les gens qui ont la bonne couleur de peau et le bon accent»), le racisme et l’homophobie des hommes d’Église. «Il y a des choses que j’aime dans l’Amérique d’aujourd’hui et d’autres que je n’aime pas. J'en parle d’une manière très réelle, très brute. Le rêve américain est une chose magnifique mais la réalité peut être très différente et dure. Je pense avoir écrit un portrait honnête et juste de l’Amérique aujourd’hui

Que propose ce Messie contemporain? L’amour, l’attention à l’autre, des actes, des paroles et non des «tours de passe-passe». Redonner un sens aux mots, et c’est en cela, peut-être, que le Messie rejoint l’écrivain. Mais lorsque l’on demande à James Frey si sa figure christique révèle sa vision du monde, il nie: «Ce que je pense ou ne pense pas n’a pas beaucoup d’importance. Ce qui en a, c’est ce que je pense que le Messie dirait. Tout ce que dit Ben n’est pas ce que je crois, ce en quoi je crois. J’ai créé un personnage et je lui ai fait dire ce que je pense qu’il dirait. Ben est le Messie. Ce n’est pas parce que je l’ai écrit que c’est ainsi, c’est ce qui fait la beauté des livres.»

Pas de mobilisation sans confiance
Pas de confiance sans vérité
Soutenez-nous