Portugal : Gaspar démissionne, sans mâcher ses mots

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Père la rigueur depuis deux ans, caution du Portugal sur les marchés financiers, universitaire et “technocrate” égaré en politique, Vitor Gaspar, le numéro deux du gouvernement de Lisbonne, a démissionné lundi 1er juillet, sans crier gare et sans mâcher ses mots.

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Foin des « raisons personnelles » ou du retour à ses (chères) études universitaires, la lettre de démission du ministre portugais des finances Vitor Gaspar est dans la manière franche (lire ici) de ce personnage hors norme dans le monde politique lusitanien (et européen) : il quitte ses fonctions à sa demande parce que le manque de cohésion du gouvernement et sa propre perte de crédibilité ne lui permettraient pas de conduire la politique économique du pays dans la nouvelle phase indispensable de l’ajustement, celle de l’investissement et de la lutte contre le chômage, celui des jeunes surtout.

La réaction la plus importante à ce départ, en attendant celle des marchés financiers, est venue d’Allemagne, où le ministre des finances Wolfgang Schaüble a dit regretter le départ de son « collègue et ami », tout en se félicitant de son remplacement par le bras droit de Gaspar, la secrétaire d’État au Trésor, Maria Luis de Albuquerque. « Lui et son équipe ont joué un rôle décisif pour conduire le Portugal sur le vrai chemin du redressement économique. Ils ont garanti le retour de la confiance des investisseurs dans le Portugal. Je vais éprouver la perte d’un partenaire fiable et d’un combattant valeureux pour la cause de son pays », indique le message du ministre allemand.

Dans sa lettre de démission au premier ministre Pedro Passos Coelho, Vitor Gaspar révèle qu’il avait demandé à être relevé de ses fonctions en octobre 2012, une résolution renforcée par le rejet par le Tribunal constitutionnel en mai dernier de dispositions essentielles du projet de budget pour l’exercice 2013. Et qu’il n’avait accepté de rester que pour mener à bien le septième passage en revue du programme d’ajustement par la « troïka » UE-FMI-BCE et la préparation d’un collectif budgétaire correctif. Ce travail achevé, le Portugal ayant obtenu, comme d’autres pays européens (dont la France), des délais supplémentaires pour revenir dans les clous budgétaires européens et ayant retrouvé l’accès aux marchés, « mon départ, permettez-moi de le redire, ne peut plus être ajourné », écrit Vitor Gaspar.

Dans un texte très politique, ce parfait « technocrate », universitaire et enseignant (en économie) passé par le comité monétaire européen, la Commission européenne, le FMI et la Banque centrale européenne, maintient que confronté à une « crise de financement extérieur », un « pays débiteur » n’a pas d’autre choix que de reconquérir la confiance de ses créanciers. Ce qui a été obtenu et doit être préservé. Avec une franchise suffisamment rare pour que cela soit souligné, il reconnaît que la chute de la demande interne et la modification de sa composition « ont provoqué un fort recul des recettes fiscales ». Et d’en déduire que « la répétition de ces dérives ont miné ma crédibilité en tant que ministre des finances ». Un Monsieur Candide égaré en politique où le « n’avouez jamais » a force de loi.

« Les risques et les défis des temps à venir sont énormes », écrit celui qui fut, bien que non élu, le numéro deux du gouvernement de Lisbonne dans une phase critique. « Ils exigent la cohésion du gouvernement. Ma ferme conviction est que mon départ contribuera à conforter votre leadership et la cohésion de l’équipe gouvernementale », écrit-il à Passos Coelho.

 

La courbe du 10 ans portugaisla La courbe du 10 ans portugaisla

Un risque majeur, pour tous les pays « périphériques » de la zone euro et quelques autres (dont la France), c’est évidemment la remontée globale des taux d’intérêt qui pourrait mettre fin à la trêve permise par la décision de Mario Draghi, le président de la BCE, de faire « tout ce qu’il faudra » pour sauver la zone euro. Jusqu’ici, la dissuasion nucléaire du programme OMT (achat illimité d’obligations sur le marché secondaire) de la BCE n’a pas eu à passer de la menace aux actes. Pour combien de temps ?

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