Macron tient son cap: l’égoïsme de classe

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De la suppression de l’impôt sur la fortune au début du quinquennat jusqu’à la réforme de l’assurance-chômage aujourd’hui au détriment des plus pauvres, le président n’a pas changé de politique, même au plus fort de la crise sanitaire. C'est celle de l’égoïsme de classe et de la guerre sociale.

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S’il faut résumer la politique économique et sociale conduite par Emmanuel Macron, sans doute peut-on retenir deux réformes particulièrement symboliques, l’une prise durant la première année de son quinquennat, l’autre dans la dernière : la réforme fiscale et celle de l’assurance-chômage. Pour commencer, la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et l’instauration d’une flat tax sur les revenus du patrimoine et de l’épargne au profit des plus riches ; et pour finir, une remise en cause des droits et protections des plus pauvres, ceux qui ont perdu leur emploi.

Le raccourci parle de lui-même. À peine installé à l’Élysée, Emmanuel Macron multiplie les mesures en faveur des milieux d’affaires et des grandes fortunes et s’attire le sobriquet mérité de président des ultra-riches. Et le voici qui, entamant bientôt la dernière année de son quinquennat, se présente sous des traits qui complètent son portrait : il est aussi le président qui mène une guerre sans relâche contre les pauvres.

Il faut effectivement prendre la mesure de cette réforme de l’assurance-chômage que le gouvernement a décidé de promouvoir. Dans la forme comme dans le fond, elle est révélatrice d’un pouvoir totalement insensible aux souffrances sociales du pays et qui, en ces temps de pandémie, n’envisage pas même de trêve dans le combat qu’il conduit. 

Dans cette réforme de l’assurance-chômage, ce sont en effet d’abord les mesures envisagées qui choquent, tant elles apparaissent violentes et lourdes de conséquences pour les Français les plus fragiles. Mediapart les a longuement détaillées dans plusieurs articles ces dernières semaines, et les chiffres mis sur la table sont pour le moins inquiétants, puisque 1,15 million de personnes seront potentiellement concernées, la première année d’application, par la baisse des allocations à l’ouverture de droit, avec une baisse de l’indemnité journalière qui sera de 17 % mais pourra, dans certains cas, dépasser 40 %, selon une étude d’impact de l’Unédic. Rendant compte des récents travaux de Mathieu Grégoire, sociologue et maître de conférences à l’université Paris Nanterre, ma consœur Cécile Hautefeuille évoque même dans sa dernière enquête de nouvelles inégalités, « disproportionnées » et inquiétantes. 

Mais c’est tout autant le moment choisi qui peut susciter l’indignation. Car pendant un temps, dans le courant de l’année 2020, le gouvernement a décidé de surseoir à la réforme qu’il voulait initialement faire passer à la hussarde. On s’est donc pris à penser que celui-ci était pris d’un sursaut d’humanité et qu’il voulait épargner provisoirement les chômeurs, alors que la France traversait une crise sanitaire historique, qui va déclencher un tsunami social sans précédent.

Pourtant, la trêve n’a été que de très courte durée. Et alors que la pandémie prend une ampleur dramatique, du fait en bonne partie des choix irresponsables faits par Emmanuel Macron, le gouvernement veut maintenant imposer sa réforme des prestations chômage, au moment précis où la troisième vague du coronavirus va générer une vague considérable de demandeurs d’emploi.

Il faut donc prendre le temps de s’arrêter sur la conjoncture du moment, et sur ce qu’elle risque de devenir dans les prochains mois, pour mesurer la gravité des choix gouvernementaux. Tous les indicateurs disponibles suggèrent que la France va être submergée par une nouvelle vague considérable de chômage. C’est par exemple ce que révèle la dernière note sur la situation financière de l’Unédic. S’appuyant sur les statistiques de l’Insee et sur les siennes, le régime de l’assurance-chômage prévient qu’un séisme social est en cours : « L’Insee a constaté 360 500 destructions d’emploi dans le secteur privé en 2020. Cet ajustement, à la baisse, de l’emploi salarié privé est le plus important observé après-guerre en France néanmoins sans rapport avec l’ampleur du choc économique : en 2020, l’emploi salarié a baissé de -1,4 % alors que le PIB a décroché de -8,3 %. À titre comparatif, en 2009, 269 000 emplois avaient été perdus pour une contraction du PIB de -2,8 points. » Et l’Unedic prévient que fin 2021, « on constaterait 230 000 destructions d’emplois salariés ».

Soit dit en passant, cette évolution dramatique ruine la thèse néolibérale qui sert de justification à la réforme de l’assurance-chômage. Car tous ceux qui défendent l’idée d’un régime moins favorable de prestations chômage prétendent que c’est une incitation plus forte pour que les demandeurs d’emploi cherchent activement du travail. Sous-entendu : les chômeurs sont toujours un peu responsables de leur situation. Or, dans le cas présent, l’argument ne peut pas être avancé, puisque l’emploi s’effondre : la baisse considérable des prestations chômage apparaît donc pour ce qu’elle est, sans fausse justification. Une mesure de guerre sociale.

Au total, les perspectives tracées par l’Unédic sont particulièrement sombres. « Le taux de chômage serait de 8 % fin 2020 selon l’Insee, après 9,1 % au troisième trimestre 2020. Cette baisse du chômage, qualifiée de baisse en “trompe-l’œil” par l’Insee même, est principalement liée à la définition de l’indicateur du chômage du Bureau international du travail (BIT) : comme lors du 1er confinement, pendant le 2e confinement un nombre important de personnes ont déclaré ne pas être en recherche active d’emploi et n’entrent ainsi pas dans la mesure de chômage BIT. Ils basculent temporairement vers l’inactivité et entrent dans le ”halo” autour du chômage qui a mécaniquement fortement augmenté au cours des confinements. Fin 2021, le taux de chômage augmenterait à 10,1 %. Il baisserait ensuite pour atteindre à nouveau son niveau actuel de 9,3 % fin 2022. Cette estimation ne tient pas compte des ”effets de flexion” sur la population active, autrement dit des sorties durables de la population active, rendues très probables sous l’effet de la crise Covid-19. Par exemple, des étudiants ne pouvant pas rentrer sur le marché du travail et choisissant de poursuivre leurs études ou des personnes qui ne recherchent plus activement un emploi par manque de débouchés. »

Autrement dit : au cours des prochains mois, le chômage réel va très fortement augmenter ; et l’envolée sera bien plus forte que ne le suggéreront les chiffres, puisque beaucoup de personnes, et notamment les plus jeunes, seront découragées, ne se déclareront pas demandeurs d’emploi, et ne figureront donc pas dans la catégorie des chômeurs indemnisés.

Conclusion de l’Unédic : « Fin 2020, en raison des destructions d’emploi, du maintien en indemnisation des personnes arrivant en fin de droit et du passage des conditions d’ouverture de droit de 6 à 4 mois au 1er août 2020, 2,9 millions de personnes seraient indemnisées par l’assurance-chômage, soit +159 000 par rapport à fin 2019. Fin 2021, le nombre d’indemnisés augmenterait encore de +70 000 personnes par rapport à fin 2020. Fin 2022, grâce aux nouvelles créations d’emploi, le nombre de chômeurs indemnisés baisserait de -124 000 personnes, ce qui porterait le nombre de chômeurs indemnisés à environ 2,8 millions de personnes fin 2022. »

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Et c’est donc précisément au moment où le pays va vivre un drame social qu’Emmanuel Macron choisit, au lieu de protéger les plus fragiles, de les enfoncer encore plus dans les difficultés : cette réforme restera donc parmi l’une des dispositions les plus contestables de ce pouvoir. L’une des plus insupportables, qui confirme la nature profonde du macronisme.

Il faut d’ailleurs observer que la reprise de l’emploi et donc le reflux du chômage en 2022, après un pic en 2021, sont encore bien loin d’être assurés. Car il est encore difficile d’apprécier les conséquences concrètes de l’arrêt progressif des mesures de soutien à l’économie qui va intervenir dans les prochains mois. C’est ce que relève le dernier bulletin trimestriel établi en janvier de l’AGS, le régime de garantie des salaires, qui est géré par le patronat. L’AGS dresse en effet ces constats qui retiennent l’attention : « Toutes les prévisions économiques annoncent un risque de multiplication des dépôts de bilan en 2021, lorsque les différentes mesures de soutien seront progressivement arrêtées. La question demeure quant à la date effective de ce retournement : au premier ou deuxième trimestre 2021 ? Même si les entreprises de moins de 10 salariés concentrent toujours près de 90 % des dossiers ouverts à l’AGS en 2020, on observe qu’à l’inverse de la tendance actuelle générale, le nombre d’affaires de plus de 500 salariés a été beaucoup plus important en 2020. 5 dossiers ont concentré à eux seuls 14 500 emplois menacés. Cela illustre la gravité de la situation qui touche certains secteurs d’activité, notamment le commerce de détail lié à l’habillement. »

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