Eiffage-Sacyr: la justice bloque la fausse vente

Par
Le groupe espagnol Sacyr a annoncé un accord lui permettant de vendre sa participation dans la société française Eiffage. Mais des sources françaises démentent l'existence d'un tel accord. Le PDG espagnol est par ailleurs convoqué par un juge d'instruction français en vue de sa mise en examen. Lire aussi «L'Elysée se mêle d'une affaire boursière»

La lecture des articles est réservée aux abonnés.

L’affaire, qui oppose depuis deux ans le groupe espagnol Sacyr à la société française, Eiffage, et à laquelle Mediapart avait consacré une longue enquête en début de semaine, s’embrouille encore un peu plus et tourne à la confusion. Sur le plan financier d’abord : le groupe espagnol assure avoir vendu sa participation dans le groupe français à un groupe d’investisseurs, mais l’information, selon de bonnes sources, est inexacte. Sur le plan judiciaire ensuite : les actions détenues par Sacyr ont été placées sous séquestre et le PDG espagnol, ainsi que le dirigeant de la banque Calyon en Espagne, ont été convoqués par deux juges d’instruction en vue d’une mise en examen pour «diffusion de fausses informations ».
La confusion financière, d’abord. Dans la nuit de mardi 8 à mercredi 9 avril, le groupe espagnol a publié un communiqué annonçant qu’il allait vendre sa participation de 33,32% dans Eiffage : « Sacyr a décidé de mettre fin à la situation concernant Eiffage et de procéder à la vente de toute sa participation […] Les négociations ont abouti et Sacyr va céder toute sa participation à des investisseurs institutionnels français ayant reçu l'agrément d'Eiffage, au prix de 63 euros par action. »
De ce communiqué, on pouvait donc tirer plusieurs enseignements. En premier lieu, la guerre qui oppose depuis deux ans le groupe espagnol au français va prendre fin. Faute d’avoir pu prendre le pouvoir dans Eiffage, Sacyr se résout à jeter le gant, en cédant sa participation à des institutionnels qui, selon le quotidien El Pais (daté 9 avril), pourraient être la Caisse des dépôts et consignations (CDC), CNP Assurances, AGF, Axa, BNP Paribas et Groupama.
Ensuite, l’opération va se faire dans les étranges conditions pointées par Mediapart: sous la houlette du secrétaire général adjoint de l’Elysée, François Pérol, qui a servi de négociateur dans une affaire purement privée, la cession va bien s’effectuer au prix de 63 euros l’action, soit un prix sensiblement supérieur à celui du marché (à peine au-dessus de 60 euros, mercredi après-midi). Et la CDC va, elle, aussi, être priée de suivre l’opération, permettant à la firme espagnole de sortir avec une plus-value en poche, le prix moyen d’acquisition de ses titres ayant été de 62 euros.

Fausse information


Mais en réalité, ce communiqué de Sacyr a été écrit un peu vite. Dans l’après-midi de mercredi, plusieurs sources proches de ces investisseurs institutionnels cités par Sacyr assuraient qu’aucun accord n’était encore intervenu. En clair, plusieurs de ces sources suggéraient qu’il s’agissait d’une fausse information donnée aux marchés, ce que réprime l’Autorité des marchés financiers (AMF).

La confusion judiciaire, ensuite. Selon Le Point à paraître jeudi 10 avril, le PDG de Sacyr Vallerhermoso, Luis del Rivero, a été convoqué par les juges d'instruction dans le cadre d’une procédure ancienne, ouverte à la suite d’une plainte d’Eiffage. « Les juges Xavier Blanc et Jacques Gazeaux viennent de lancer une offensive inattendue en convoquant pour le mois de mai, en vue de leur mise en examen, les PDG de la société ibérique Sacyr et de la banque Calyon », assure l'hebdomadaire.

Par ailleurs, les juges ont décidé, mardi, la mise sous séquestre de 33,32% des actions d'Eiffage détenues par Sacyr dans le cadre de cette enquête pour « diffusion de fausses informations ». Calyon avait été l’établissement bancaire qui avait piloté le rachat de cette participation.

En clair, la confusion financière se surajoute à la confusion judiciaire. Car, pour que la vente évoquée par Sacyr – et démentie de sources françaises – puisse avoir lieu, encore faudrait-il qu’Eiffage abandonne ses recours et que le juge d’instruction interrompe la mise sous séquestre. Ce qui risque de renforcer la confusion sur ce dossier déjà pas mal embrouillé par les interventions en sous-main de l'Elysée.