«A qui la faute?»: les erreurs de politique économique et comment les éviter

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Peut-on apprendre des erreurs passées, de la chute de Lehman Brothers au chômage de masse endémique en France, et soumettre la prise de décision économique à un processus plus rationnel ? C'est ce qu'examine À qui la faute ?, de Selma Mahfouz et Jean Pisani-Ferry.

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C’est un livre que devraient étudier tous ceux qui aspirent à l’exercice du pouvoir politique, quand ils sont motivés par l’intérêt collectif, c’est-à-dire pas la corruption, le clientélisme ou la démagogie. Dans À qui la faute ?, Jean Pisani-Ferry et Selma Mahfouz essayent de comprendre comment se prennent des décisions de politique économique qui vont se révéler négatives, voire catastrophiques, et s’il est possible d’améliorer le processus de décision dans un univers dont « la complexité a eu le dessus sur nous », comme le confiera pendant la crise financière le patron de Goldman Sachs, Lloyd Blankfein, l’homme qui pourtant faisait « le job » de Dieu.

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Pour développer leur analyse, les auteurs, dont l’un dirige la « fabrique d’idées » officielle du gouvernement français, France Stratégie, se sont penchés sur trois erreurs majeures, du moins considérées comme telles : la décision des dirigeants américains, en septembre 2008, de laisser tomber Lehman Brothers, jetant sur un système financier gorgé de matières inflammables l’allumette qui allait provoquer un embrasement planétaire ; en 2010-2012, la politique budgétaire trop vite et trop fortement restrictive qui, dans la zone euro, allait selon eux faire dérailler la convalescence fragile des économies européennes ; enfin l’accumulation, en France, d’actes ou de non-actes politiques qui rendraient compte de la persistance du chômage de masse.

L’horizon de temps de ces trois erreurs est bien différent : un week-end pour Lehman, deux années s’agissant de la zone euro, plusieurs décennies dans le cas du chômage hexagonal. Des trois démonstrations, la première est la moins convaincante. Parce que, comme les auteurs le rappellent eux-mêmes, la décision de ne pas secourir Lehman intervient dans une situation de panique, qu’avait très bien décrite Andrew Ross Sorkin dans Too Big to Fail. Et que la crise était si profonde et venait de si loin qu’une autre étincelle était sans doute inévitable. Mais aussi parce que dans un contexte institutionnel, réglementaire et même politique pas tellement différent, les mêmes autorités américaines, exercées par d’autres personnalités, avaient réussi en 1998 à organiser, de manière informelle mais efficace, le sauvetage du fonds spéculatif new-yorkais LTCM.

La décision fut saluée à l’époque, mais qui aura en fait des répercussions lointaines catastrophiques, renforçant chez les aventuriers de la finance la conviction qu’il y aurait toujours une main publique secourable pour les tirer d’affaire. Autrement dit, si l’on n’avait pas sauvé LTCM, le problème Lehman ne se serait peut-être jamais posé. De l’enchaînement des causalités.

Comme on le sait, il règne désormais dans la sphère économique officielle, y compris les organisations multilatérales, une sorte de consensus (que l’auteur de ces lignes ne partage pas) sur le fait que les dirigeants de la zone euro auraient, en 2010-2012, agi de manière inconsidérée en forçant la marche vers le retour à un ordre tout relatif dans les finances publiques, après l’ouverture des vannes (elle-même tout à fait discutable, mais c’est un autre débat) rendue prétendument inévitable par la crise financière globale. Sans surprise, ce consensus « keynésien » est particulièrement fort en France, pays qui n’a pourtant pas vraiment souffert de « l’austérité ». Et il se prolonge aujourd’hui, devant l’échec de la politique monétaire « non conventionnelle » de la BCE à faire repartir la « croissance » (et pour cause !) par des appels à « relancer » la dépense publique. Comment des pays comme la France, accumulant depuis des décennies les déficits des comptes courants, peuvent-ils avoir un problème de demande (et non d’offre) est un paradoxe qui relève de l’économie vaudoue.

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