Après la crise, les conflits pour les salaires se multiplient

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Le gouvernement annonce une hypothétique prime pour les salariés d'entreprises versant des dividendes. Cela ne suffira sans doute pas. Alors que l'activité repart, que les prix augmentent et que le pouvoir d'achat baisse, les conflits pour les salaires fleurissent dans des entreprises très diverses. Et c'est parti pour durer...
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Des corbillards défilant dans la ville (photo), les «visages décomposés» de Bordelais médusés... Frank Delbarre n'arrive toujours pas y à croire: la semaine dernière, lui et ses onze collègues d'une des agences girondines de l'enseigne de pompes funèbres Roc' Eclerc ont non seulement lancé la première grève de leur vie, mais ils ont surtout arraché une jolie augmentation, inespérée dans le contexte actuel: 120 euros de plus par mois, +7,2%! Au passage, ils ont obtenu de l'inspection du travail la fermeture des vestiaires, des toilettes et du dépôt insalubre où étaient entreposés les corbillards. «Il fallait que ça pète, le ras-le-bol était général», explique Franck Delbarre, délégué CGT syndiqué depuis un an à peine.

La faute au climat interne, détestable. Mais surtout à des «salaires de misère»: salarié depuis 15 ans, Franck Delbarre touche «1.072 euros net par mois». Tous les autres gagnent aux alentours du Smic. Cette année, la direction avait proposé 1% de hausse. Inacceptable: «Les collègues disent qu'ils n'y arrivent plus. Tout augmente mais les salaires ne bougent pas.»

Les premiers mois de l'année sont traditionnellement tendus dans les entreprises, lancement des négociations annuelles sur les salaires (les “NAO”) oblige. Sauf qu'avec la crise, nombre de salariés, d'abord focalisés sur l'emploi, avaient mis en 2009 et en 2010 leurs revendications salariales en sourdine, alors même que la progression des salaires a été historiquement faible l'an dernier. En ce début d'année, le changement de ton est perceptible. «Indiscutablement, il y a de la conflictualité, et elle se porte en majorité sur les salaires», explique Jean Bessière, directeur adjoint de la Direction générale du travail (DGT). «On n'avait pas vu autant de conflits salariaux depuis plusieurs années», note Mohamed Oussedik, secrétaire confédéral de la CGT.

Souvent, le scénario se répète: la direction propose entre 1 et 2%, quand les salariés ou leurs représentants demandent au moins le double. «Dans un contexte de sortie de crise, les attentes sont fortes, à la mesure des efforts salariaux consentis depuis deux ans, admet Jean-Christophe Sciberras, président de l'Association nationale des directeurs de ressources humaines (ANDRH). Les résultats médiatisés de certains grands groupes créent aussi un certain nombre d'attentes.» Un cocktail auquel se rajoutent la hausse des tarifs de l'électricité, du gaz et de l'essence, l'augmentation constante des dépenses de logement, la décélération sensible du pouvoir d'achat, l'absence depuis 5 ans de revalorisation du Smic au-delà de l'inflation... «La pression autour des salaires va s'accentuer tout au long de l'année, surtout si l'emploi s'améliore un peu», prédit Pierre Ferracci, PDG du groupe de conseil aux comités d'entreprise Alpha.

«Pendant la crise, une grande distanciation est apparue entre le management et les salariés, estime Olivier Labarre, directeur général du cabinet de conseil BPI. Quand vous avez le sentiment de ne pas être entendus, c'est logiquement la question des salaires qui revient. Pour les prochains mois, c'est une situation potentiellement explosive.»

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