«Notre cher président nous prend pour des cons»

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Deux ans après avoir fermé l'aciérie de Gandrange, ArcelorMittal met en sommeil les deux derniers hauts-fourneaux de Lorraine. En février 2008, Sarkozy était venu en sauveur. Il suscite aujourd'hui un immense rejet.
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Florange, de notre envoyé spécial.

«S'ils nous coupent le haut-fourneau, on leur coupera l'eau!» Philippe David, le maire PS d'Hayange, est rouge de colère. Si les fours d'ArcelorMittal s'arrêtent définitivement, sa ville sombrera. Il y a quelques décennies, mines et aciéries tournaient à plein. Hayange, le berceau des Wendel, les barons de l'acier, était une cité florissante. Elle porte aujourd'hui les stigmates du déclin: commerces fermés, panneaux “à vendre”, âmes en peine errant dans les rues à dix heures du matin. La ville a perdu le tiers de ses habitants en quarante ans. Romain Costallunga, papy enjean et laine polaire, montre la grande esplanade de la mairie, déserte. «Avant ici, ça grouillait.» La mine qui l'employait a fermé en 1986. Il n'avait même pas 50 ans, et n'a jamais retravaillé.

Hayange, fronton de l'hôtel de ville Hayange, fronton de l'hôtel de ville
«Si on ne mobilise pas la Lorraine, on est mort», dit le maire. ArcelorMittal, le numéro un mondial de l'acier qui possède une bonne partie des usines de la vallée, a annoncé le 8 septembre l'arrêt du dernier haut-fourneau de Florange, la ville voisine. L'autre avait été stoppé cet été.«Arrêt temporaire», dit la direction, qui invoque la baisse des commandes. Romain Costalunga n'y croit pas. «Ça a toujours commencé ainsi, puis ils ont tout arrêté.»

Une première manifestation a été organisée. Des candidats socialistes à la primaire (Hollande, Aubry) ont affiché leur soutien. Les commerçants devraient organiser bientôt une journée “Vallée de la Fensch morte”. Les élus sont passés en mode commando. Baroud d'honneur avant liquidation. «Florange, c'était le berceau de l'acier, ça va être le berceau de la résistance!», s'exclame Edouard Martin, le délégué CFDT.

De fait, cette aciérie est bien partie pour être un point chaud de la campagne. Avec près de 3000 emplois directs, l'usine est le deuxième employeur de Moselle. A la fin du mois, 400 intérimaires seront débarqués. «Chez nous, tous les contrats ont été arrêtés», explique Laurent Waneukem, intérimaire CGT de 39 ans qui travaille pour Gepor, un sous-traitant. Avec l'arrêt des fours, 1000 salariés vont chômer, sans compter les fins de contrats chez les sous-traitants qui passeront inaperçues. Comme si cela ne suffisait pas, les syndicats craignent l'arrêt prochain de l'usine d'emballage (500 salariés) qui produit canettes et boîtes de conserve.

Pour beaucoup, le patron Lakshmi Mittal a condamné les fours de Lorraine. «Il n'investit plus. L'outil tombe en lambeaux!», dénonce la CFDT. Les remettre en marche coûtera des millions d'euros, des investissements que Mittal ne semble guère disposé à faire.

«Le groupe a pris l'engagement de maintenir les investissements nécessaires au redémarrage du haut-fourneau de Florange dès lors que la demande repartira à la hausse», affirment les ministres Bertrand et Besson (travail et industrie). La demande existe! rétorquent les syndicats unanimes. Pendant que Florange chôme, que deux hauts-fourneaux en Allemagne et en Belgique sont stoppés, les usines côtières de Dunkerque et Fos-sur-Mer tournent à bloc. «Ils font des heures supplémentaires comme jamais, là-bas», explique Bernard Deutsch, délégué CFDT d'Harsco Métals, un sous-traitant qui assure le transport des barres d'acier. Le groupe ArcelorMittal, géant incontesté de l'acier avec 300.000 salariés dans plus de 60 pays, a affiché un profit de 2,6 milliards de dollars sur les six premiers mois de l'année. «Florange est frappé de plein fouet par un spéculateur», tonne Yves Fabbri (CGT).

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