Les réserves de l’Aéroport de Toulouse vont être dilapidées

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Avec la complicité active de l’État, les actionnaires chinois de l’Aéroport de Toulouse-Blagnac récemment privatisé vont se servir jeudi un dividende exceptionnel de 15 millions d’euros. Une conséquence du pacte d’actionnaires secret passé par Emmanuel Macron avec ces investisseurs.

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C’est une opération scandaleuse dont on parle depuis longtemps et qui va finalement aboutir jeudi : à l’occasion d’une assemblée générale de la société de gestion de l’Aéroport de Toulouse-Blagnac, les actionnaires devraient se prononcer, dans leur majorité, pour la distribution des réserves de l’entreprise à hauteur de 15 millions d’euros.

Lors de la privatisation de la société, décidée par Emmanuel Macron du temps où il était encore ministre de l’économie, il avait certes été dit que les nouveaux investisseurs chinois de la société ne contrôleraient que 49 % du capital, et que les acteurs publics (État, Région, département et Chambre de commerce) resteraient majoritaires. Il avait aussi été promis aux acteurs locaux que les investisseurs chinois arrivaient dans une logique industrielle ; et non pas dans une logique financière de court terme, ni ne se comporteraient comme un fonds financier rapace.

Las ! Sitôt la privatisation partielle achevée, les investisseurs chinois ont montré qu’ils ne respecteraient aucun de leurs engagements. À preuve, leur premier souhait a été de distribuer en dividende une bonne partie des 70 millions d’euros que la société avait mis en réserve, pour ses investissements futurs.

Quand l’annonce a été faite, elle a très fortement embarrassé Emmanuel Macron, car au moment de la privatisation il avait donné son feu vert pour que l’État passe secrètement un pacte d’actionnaires avec les investisseurs chinois, de sorte qu’ils aient les pleins pouvoirs et fassent ce que bon leur semble. À l’occasion d’une assemblée générale, le vote d’une résolution visant à effectuer ce versement de dividendes aurait donc pu faire scandale. Car la délibération aurait apporté la preuve que les investisseurs chinois sont venus pour siphonner les réserves de l’entreprise, et non pour la développer. Et surtout, le pacte secret d’actionnaires, révélé par Mediapart, aurait trouvé une confirmation publique, l’État s’étant engagé dans ce pacte à voter de la même manière que les investisseurs chinois.

Par peur du scandale, l’État a donc fait pression à plusieurs reprises, pour que l’assemblée générale des actionnaires, prévue initialement au printemps dernier, soit reportée. Et il a aussi discrètement fait pression pour que les prétentions financières des actionnaires chinois soient revues à la baisse.

Mais finalement, l’État a visiblement décidé de donner son feu vert à cette sulfureuse opération, comme en témoigne la convocation à l’assemblée générale dont nous avons obtenu une copie. On peut la consulter ci-dessous :

On peut trouver la confirmation dans ce projet qu’une distribution exceptionnelle de dividendes sera soumise au vote des actionnaires, pour un montant de 15 millions d’euros, sur les 67 millions d’euros de réserves financières dont dispose la société.

Pour essayer d’atténuer les polémiques que l’affaire va relancer, les autres dispositions suivantes visent à offrir une minorité de blocage aux collectivités territoriales. Mais la compensation apparaîtra bien mince à beaucoup d’entre elles, car ce dispositif avait été promis dès le début, pour faire avaler la pilule d’une privatisation qui était supposée n’être que partielle.

Selon de bonnes sources, les représentants de la Région et du département devraient voter contre ce pillage de l’argent public. Mais on murmure que la Métropole de Toulouse et la Chambre de commerce, qui étaient initialement opposées à cette distribution de dividendes, pourraient cette fois l’approuver.

Dans tous les cas de figure, l’État, de son côté, devrait voter aux côtés des opérateurs chinois. Ce sera la preuve publique du mensonge d’Emmanuel Macron, qui avait promis que la société resterait dans l’orbite publique et qui a toujours refusé de révéler la teneur précise de ce pacte d'actionnaires.

En complément, pour rappeler les péripéties multiples de cette affaire, nous republions ci-dessous notre dernière enquête, en date du 3 septembre dernier.

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