L’offensive commerciale de Trump contre la Chine se fait attendre

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On allait voir ce qu’on allait voir… Pour l’instant, on ne voit rien du tout. La guerre commerciale promise à la Chine par le candidat Trump pourrait-elle se transformer en pétard mouillé ? En tout cas, la Chine est prête et le Tartarin de la Maison Blanche trouverait à qui parler. Analyse. 

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Sur le front de l’Orient extrême, rien de nouveau : l’offensive commerciale contre Pékin promise par Donald Trump à ses électeurs se fait attendre. Cela s’explique en partie par la lenteur de la mise en place de la nouvelle administration. Mais surtout parce que la Chine de ce début du XXIe siècle n’est pas le Japon des années 80 du siècle dernier, et que si guerre des échanges à travers le Pacifique il devait y avoir, Trump trouverait à qui parler.

Le sujet n’est pas indifférent, non seulement par l’impact qu’un tel conflit pourrait avoir sur des échanges internationaux désormais largement dominés par des « chaînes de valeur » qui ignorent les frontières, impliquent de nombreux participants dans un grand nombre de pays, et dont les instruments de mesure classiques du commerce extérieur ne rendent compte que très imparfaitement. Mais aussi politiquement, parce qu’en passant des tréteaux de la campagne au monde de l’économie réelle, ce thème pourrait bien faire apparaître Trump, et les démagogues populistes de son acabit en Europe et en France, comme des Tartarins dont la capacité de nuisance n’est heureusement pas à la hauteur de la jactance.

La propagande guerrière de la campagne Trump avait été orchestrée par un économiste relativement obscur, Peter Navarro, dont la sinophobie s’était exprimée dans un livre et un documentaire Death by China (« la Chine m’a tuer », en quelque sorte), qui mélange l’anecdotique, comme l’impossibilité d’acheter aux États-Unis un four à micro-ondes qui ne soit pas made in China, une part de vérité (la pollution en Chine) et des contrevérités grossières (ainsi, pas un seul emploi automobile n’a été perdu aux États-Unis à cause de la Chine, où en revanche General Motors vend désormais plus de voitures que sur le marché nord-américain). C’est à l’aune de ce délire propagandiste, à la limite du racisme contre le « péril jaune », qu’il faudra un jour juger les « réalisations » du Donald.

Le milliardaire du « retournement d’entreprise » Wilbur Ross n’a été confirmé au poste de secrétaire au commerce qu’à la fin du mois de février. Normalement, cet équivalent d’un ministre de l’économie s’occupe assez peu de commerce international, mais Trump lui a confié la haute main sur ce dossier, en particulier la renégociation de l’Alena, l’accord de libre-échange avec le Canada et le Mexique. En revanche, on attend toujours l’intronisation de Robert Lighthizer comme représentant pour le commerce (USTR), le responsable officiel de la diplomatie commerciale des États-Unis. Lobbyiste de l’industrie sidérurgique américaine, un des secteurs les plus protectionnistes, le candidat de Trump doit obtenir du Congrès une dispense particulière parce qu’il a représenté dans le passé les intérêts de puissances étrangères.

En attendant l’arrivée de son nouveau patron, le bureau de l’USTR a publié l’Agenda 2017 pour la politique commerciale du président, texte censé présenter une nouvelle approche des relations internationales en matière économique. Il s’agit d’un manifeste de l’unilatéralisme dans lequel l’équipe Trump revendique notamment le droit de ne pas se soumettre à des décisions du mécanisme de règlement des différends de l’OMC qui seraient jugées contraires aux intérêts des États-Unis. L’Amérique y est présentée comme la victime du développement des échanges depuis la création de cette organisation, qui a pris le relais du GATT en 1994. Le texte affirme que le déficit américain dans les échanges de produits manufacturés a doublé depuis 2000, passant de 317 à 648 milliards de dollars, se creusant de 300 % avec la seule Chine. « Au cours des seize années précédant l’entrée de la Chine à l’OMC – de 1984 à 2000 – la production industrielle des États-Unis a augmenté de près de 71 %. Dans la période allant de 2000 à 2016, elle a crû de moins de 9 %. »

Cette « analyse » est intéressante parce qu’elle semble attribuer exclusivement à la Chine la responsabilité d’une évolution aux ressorts divers et complexes. Ainsi, le déficit des comptes courants d’un pays est avant tout fonction de son insuffisance d’épargne. Sans compter que le rôle dominant du dollar permet depuis des décennies aux États-Unis de financer ce déficit, et donc leur train de vie, en « imprimant » des billets verts. Les « déficits sans pleurs », écrivait déjà Jacques Rueff. Le déclin de la production industrielle dans les pays avancés est en partie le produit d’une tertiarisation de l’économie. Et il existe une très abondante littérature économique démontrant que les évolutions technologiques sont bien plus massivement responsables des pertes d’emplois industriels que les délocalisations, dans une proportion de 8 ou 9 sur 10. 

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