La vraie-fausse indulgence européenne envers l'Espagne et le Portugal

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En reportant sa décision sur d’éventuelles sanctions contre l’Espagne et le Portugal, Bruxelles s’est montré plus flexible qu’à l’accoutumée. Juncker ne veut pas faire de vagues, avant le référendum britannique et les élections à Madrid.

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De notre envoyé spécial à Bruxelles.– La commission a décidé de jouer la montre, dans le match qu’elle dispute avec Madrid et Lisbonne. Elle a repoussé à juillet la décision sur d’éventuelles sanctions à prendre contre l’Espagne et le Portugal. Ces deux pays sont depuis des mois sur la sellette pour ne pas avoir respecté, et de loin, les trajectoires budgétaires qu’ils s’étaient fixées. En théorie, si l'on s'en tient aux textes, ils auraient dû être sanctionnés. Le déficit public espagnol s’est établi l’an dernier à 5,1 % de son PIB, contre un objectif à 4,2 %. L’Espagne, en campagne électorale quasi permanente depuis mars 2015, dépend ces jours-ci d’un gouvernement intérimaire. Côté Portugal, où les socialistes gouvernent avec le soutien d’autres partis de gauche depuis octobre à peine, le dérapage est plus marqué encore : 4,4 % de PIB de déficit fin 2015, soit 1,7 point au-delà de ses engagements.

« Ce ne sont pas des décisions faciles à prendre », s’est justifié mercredi le commissaire Pierre Moscovici lors de la grand-messe bruxelloise de présentation des « recommandations économiques », qui visent à mieux coordonner les politiques économiques à travers le continent. « Quelle que soit l’orientation retenue, elle est critiquable comme un gant que l’on retourne. » Et le socialiste français de s’expliquer, pour l’Espagne : « Le moment serait mal choisi, économiquement et politiquement (…). Nous n’avons pas en face de nous un gouvernement qui soit capable de prendre les mesures qui seraient nécessaires. Mais je veux tout à fait rassurer sur la volonté absolue de la commission de faire respecter les règles. »