En attendant le défaut de la Grèce

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Les journées se ressemblent sur les marchés. Les banques françaises ont une fois de plus souffert en bourse mardi. En coulisse, tout le monde se prépare à l'inévitable: le défaut (partiel) de la Grèce. Un saut dans l'inconnu.
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L'étude est parue en juillet dans la revue britannique The Lancet: depuis le début de la crise financière, le taux de suicide a explosé en Europe. La Grèce réalise la plus sinistre performance du continent, affichant, entre 2007 et 2009, une envolée de 17% – six cas sur 100.000 habitants. A Héraklion, capitale de la Crète, un journaliste du Wall Street Journal n'a semble-t-il pas eu de mal à recueillir ces récits anxiogènes de petits commerçants qui se sont donné la mort, étranglés par la crise.

L'image est tentante, pour prendre la mesure des dégâts: l'Union européenne menace de se suicider, à coup d'austérité et de mauvais calculs politiques. Elle s'est tiré une nouvelle balle dans le pied vendredi, lorsque ses ministres des finances, réunis en Pologne, se sont montrés incapables de s'entendre, pour mettre en place le plan de «sauvetage» à la Grèce promis le 21 juillet dernier. Elargissement du Fonds européen de stabilité, taxe sur les transactions financières, versement d'une nouvelle tranche d'aide à Athènes: rien, absolument rien, n'a fait consensus, malgré l'urgence de la situation. La prochaine réunion est annoncée pour la mi-octobre – une éternité pour les marchés.

La journée de mardi fut routinière. Dégradation de la note d'un pays européen, remous en Bourse dans la foulée, et, en réaction, la BCE à la rescousse pour limiter la casse, via des achats d'obligations – on connaît la musique. Sauf qu'à chaque fois, jour après jour, la zone euro, incapable de réagir, se rapproche un peu plus du gouffre. C'était au tour de l'Italie, mardi, d'être sous le feu des projecteurs: les marchés, dit-on, s'attendaient à ce que Moody's dégaine en premier pour abaisser la note de la péninsule, mais c'est une autre agence, Standard & Poor's (celle-là même qui avait osé, au cœur de l'été, dégrader le «triple A» des Etats-Unis), qui s'en est chargée.

Si la plupart des Bourses, en chute libre depuis le début du mois d'août, ont finalement terminé la séance dans le vert (+1,5% à Paris, +1,9% à Milan, +0,1% à Wall Street), les titres des banques françaises ont, eux, continué à souffrir, sur la lancée de leur été calamiteux. BNP Paribas a dégringolé de 6,5% et Société générale a perdu 3,1%. Axa, géant de l'assurance, a cédé 2,5%. Tous paient leur très forte exposition à la dette italienne, des placements qui pourraient s'avérer redoutables si Rome devait, un jour, qui sait, faire défaut. Or, le scénario d'une banqueroute dans la zone euro a plus que jamais la cote – pas pour l'Italie, on n'en est pas encore là, mais pour la Grèce.

De plus en plus d'économistes se sont en effet rangés à l'idée qu'Athènes ne s'en sortirait pas sans passer par la case défaut. C'est-à-dire en décidant de ne pas rembourser tout ou partie de la gigantesque dette accumulée, évaluée à 370 milliards d'euros environ (ce qui représente tout de même plus de cinq fois plus que la dette argentine au moment du défaut argentin, en 2001, ou cinq fois plus que la dette russe en 1997).

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