EuropaCity: malgré les critiques, le projet avance

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La ville de Gonesse doit modifier ce lundi 25 septembre son plan d’urbanisme pour autoriser l’urbanisation de la zone où doit ouvrir le centre commercial et de loisirs EuropaCity.

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Le projet de mégacentre commercial et de loisirs EuropaCity peut-il espérer se sauver de la mauvaise passe qu’il traverse depuis plusieurs mois ? Avis défavorable du commissaire enquêteur sur l’urbanisation du triangle de Gonesse (Val-d’Oise) où il veut s’implanter (voir ici), critiques publiques du ministre de la transition écologique Nicolas Hulot, difficultés financières de son partenaire chinois, le groupe Dalian Wanda… Les voyants sont au rouge pour ce projet hors norme (500 commerces, hôtels, restaurants, et peut-être une piste géante de ski artificielle).

Mercredi 29 septembre, le directeur d’Alliages et territoires, la filiale d’Auchan chargée de développer le projet, donnera une rare conférence de presse depuis son siège parisien. Son équipe doit y présenter un « nouveau master plan », en réponse aux critiques, apparemment inspiré de réunions locales.

Cette communication se tiendra deux jours après une journée décisive pour le projet : le vote, lundi 25 septembre, par le conseil municipal de Gonesse, de la modification de son Plan local d’urbanisme (PLU). C’est une étape indispensable pour rendre constructibles les 300 hectares de la ZAC où EuropaCity doit ouvrir ses portes en 2024, sur le triangle de Gonesse. Le document soumis au vote des élus municipaux est précisément celui que le commissaire enquêteur a jugé négativement fin août pour ses potentiels effets nocifs sur les plans économique, social et écologique.

Jean-Pierre Blazy, maire de Gonesse, lors de sa conférence de presse à Paris, 19 septembre 2017 (JL) Jean-Pierre Blazy, maire de Gonesse, lors de sa conférence de presse à Paris, 19 septembre 2017 (JL)

À l'entrée de la conférence de presse, le Collectif pour le triangle de Gonesse (JL) À l'entrée de la conférence de presse, le Collectif pour le triangle de Gonesse (JL)

Mardi 19 septembre, le maire de Gonesse, Jean-Pierre Blazy, a lui-même donné une conférence de presse à Paris pour réaffirmer son soutien à EuropaCity : « Nous ne renoncerons pas au projet d’aménagement du triangle de Gonesse. EuropaCity n’est pas un centre commercial. C’est un projet inédit de pôle culturel et de loisirs. Il faut mieux les définir mais il n’y a pas d’autre projet de cette ampleur dans les banlieues françaises. » L’édile PS, député frondeur sous l’ancienne majorité, met en avant des discussions avec la Réunion des musées nationaux pour créer « un Grand Palais de la banlieue nord ».

La version du PLU qui doit être soumise au vote est légèrement modifiée par rapport à celle qui a été sanctionnée par l’enquête publique : agrandissement de la lisière agricole au nord de la ZAC, normes renforcées d’efficacité énergétique pour les constructions sur la zone, plus de places pour le vélo sur les aires de stationnement, entre autres. Les conseils municipaux sont ouverts au public. Des opposant.e.s à EuropaCity annoncent leur présence et souhaitent pouvoir s’y faire entendre. Dès le PLU voté, ils comptent l’attaquer en justice, notamment sur le fondement du rapport d’enquête publique. Cette incertitude juridique risque de retarder des travaux sur la ZAC. Mais Jean-Pierre Blazy considère que le calendrier initial tient toujours : permis de construire de la future gare du Grand Paris en 2018, début des travaux en 2019, ouverture en 2024, à temps pour les Jeux olympiques et paralympiques, et pour l’inauguration d’EuropaCity, qui compte sur le public et la publicité des JOP pour se lancer en grande pompe.

La mécanique de ce planning risque pourtant de se heurter à un obstacle imprévu : la remise en cause du calendrier et peut-être du tracé du tronçon nord de la ligne 17, qui doit passer par le triangle de Gonesse. Selon la lettre professionnelle Mobilettre, une réunion interministérielle s’est tenue le 2 août au sujet du dérapage des coûts du Grand Paris Express, désormais évalué à 35 milliards d’euros, selon un chiffrage non confirmé officiellement. Un redimensionnement du projet serait à l’étude et pourrait concerner notamment la ligne 17. Aucun signe de remise en question de la part de l’État de cette ligne ni de la station, assure un acteur du Grand Paris joint par Mediapart, selon qui les efforts financiers exigés par Bercy concernent les emprunts internationaux contractés par la Société du Grand Paris, maître d’ouvrage des travaux. Mais le maire de Gonesse reconnaît ne pas savoir si le gouvernement le soutient, contrairement à l’exécutif précédent, et ne cache pas son inquiétude. Il a demandé un rendez-vous à Nicolas Hulot, qui a reçu les représentants d’EuropaCity.

Les chiffres de fréquentation de la future ligne 17 estimés dans l’enquête publique sont assez faibles : à horizon 2024, entre 6 000 et 7 500 voyageurs pourraient l’emprunter à l’heure de pointe du matin – alors que, par comparaison, entre 20 et 28 000 voyageurs pourraient circuler au même moment sur la ligne 16, entre Saint-Denis-Pleyel et Noisy-Champs. La fréquentation quotidienne en semaine sur le tronçon nord de la ligne 17 pourrait être comprise en 30 et 40 000 voyageurs. Une grande partie de ces personnes seraient les visiteurs d’EuropaCity (qui vise 30 millions de visites par an, soit 80 000 visiteurs quotidiens).

L’enquête publique considère que près de la moitié (44 %) des clients du centre commercial s’y rendraient en transport commun, et très majoritairement (70 %) par la ligne 17. Cela représente 25 000 personnes, soit 50 000 voyages par jour. Pour Bernard Loup, du collectif pour le triangle de Gonesse, opposé à l’urbanisation du triangle et à EuropaCity, « EuropaCity a besoin de la ligne 17, mais la ligne 17 a aussi besoin d’EuropaCity ! ». Or, certains tronçons du futur métro pourraient coûter plus de 300 millions d’euros, selon Mobilettre. Cela fait cher du passager, même si EuropaCity accepte de payer une partie de la gare du triangle de Gonesse, pour un montant toujours pas rendu public. Surtout que la future gare serait située dans la zone d’activité du triangle, loin du centre-ville de Gonesse.

Un recours a été déposé par les opposant.e.s contre la déclaration d’utilité publique de la ligne 17, et un autre contre l’arrêté préfectoral de création de la ZAC. Pour Bernard Loup : « Ils ne lâchent rien, nous non plus. »

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