BNP Paribas est-il trop grand?

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La France a-t-elle les moyens de se payer des géants bancaires? Cette question n'est jamais évoquée en France. Le système est pourtant si concentré qu'il représente un réel risque systémique. Mediapart publie un document interne de BNP Paribas soulignant l'ampleur des enjeux.
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On l'ignore bien souvent: la plus grande banque du monde n'est pas américaine. Ni même britannique, chinoise ou suisse. Non, la plus grande banque du monde est française. Elle s'appelle BNP Paribas.

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Depuis la fusion de la BNP avec Paribas en 1999, la banque n'a cessé de grandir, d'étendre ses réseaux partout dans le monde. En dix ans, elle a dépensé 43 milliards d'euros dans des acquisitions pour grossir encore et toujours. Même la crise ne l'a pas arrêtée. Au plus fort de la tourmente financière, elle a repris à prix cassé le groupe belge Fortis. En trois ans, ses actifs ont encore augmenté de 34% pour atteindre 2.200 milliards d'euros, soit l'équivalent de la Banque de Chine et la Société générale réunies. Mais BNP Paribas n'affiche que 60 milliards d'euros de fonds propres. C'est peu par rapport à ses engagements.


Ces chiffres posent question. La France a-t-elle les moyens de se payer un tel géant? Que se passerait-il en cas de difficulté? Est-on prêt à mobiliser 30, 40, 50 milliards d'euros ou plus de fonds publics pour sauver BNP Paribas? Car même si la banque est internationale, ce sont les contribuables français qui seraient sollicités, en cas de difficulté.
Alors que le débat sur la taille des banques fait rage aux Etats-Unis, en Suisse, en Grande-Bretagne, le sujet n'a même pas été abordé en France. D'abord, il ne saurait être question de s'interroger sur un champion national. Il y va de l'orgueil national. De plus, il y a un consensus sur la solidité du système bancaire français. De la ministre des finances, Christine Lagarde, au gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, tous estiment que le modèle de banque universelle, c'est-à-dire additionnant les activités traditionnelles de banque de dépôt et de banque d'investissement, a fait ses preuves pendant la crise financière. Il n'y a eu aucune grande faillite bancaire en France pendant cette période. La question de leur modèle ne se pose donc pas, selon eux.


Une position que conteste Nicolas Veron, économiste à l'institut Bruegel: «C'est vrai qu'il n'y a pas eu de problème bancaire en France pendant la crise. Mais ce n'est pas une raison pour refuser d'ouvrir le débat, de ne pas s'interroger sur la nécessité de séparer ou non les activités de banque d'investissement de celles de crédit ou de limiter la taille des réseaux bancaires. Tous les pays ont engagé cette réflexion sauf nous. Nous ne pouvons pas ignorer que nous avons un système bancaire très gros, encore plus concentré au sortir de la crise qu'avant, et qu'il représente un risque systémique énorme», explique-t-il.

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