EPR: chronique d'un échec annoncé

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L'Elysée n'y croyait plus depuis plusieurs semaines. La décision d'Abou Dhabi de retenir l'offre nucléaire sud-coréenne plutôt que l'EPR constitue cependant un choc pour l'ensemble de la filière française. Ce grave revers, lié tant au choix technologique qu'à la discorde dans les rangs français, laissera des traces. Le gouvernement va devoir clarifier les rôles de chacun et réorganiser l'offre française.

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L'intervention directe de Claude Guéant, le secrétaire général de l'Elysée, dans le projet, ses multiples voyages à Abou Dhabi ces derniers mois, les engagements de coopération, n'auront pas suffi à emporter la décision: la France a perdu l'appel d'offres pour la fourniture de centrales nucléaires. Dimanche 27 décembre, les Emirats arabes unis ont annoncé retenir l'offre de l'électricien sud-coréen Korea Electric Power Corporation (Kepco) pour lui fournir quatre centrales. Le contrat s'élève à 20 milliards de dollars. Un autre contrat d'un montant équivalent prévoit une coopération technologique et d'assistance technique et d'ingiénerie entre les deux pays.
La seule lecture de ces chiffres donne l'ampleur de l'enjeu. Pour le consortium français, qui réunissait EDF, GDF-Suez, Total, Areva, Alstom, c'est un échec cuisant. Mais cette défaite était prévisible. Depuis quelques semaines, d'ailleurs, le gouvernement ne se faisait plus guère d'illusions: la partie française allait perdre la partie face aux Coréens. L'arrivée en urgence d'EDF qui, jusque-là s'était tenu à l'écart du projet, à la demande du gouvernement d'Abou Dhabi, pour remettre un peu d'ordre dans le consortium et présenter une offre plus crédible, n'a pas permis de renverser la situation.
«Il est encore trop tôt pour tirer les leçons de cet échec», dit un proche du dossier, au lendemain de la décision d'Abou Dhabi. Pourtant, au fil des discussions, les uns et les autres mentionnent des faiblesses et des manques qui ne peuvent perdurer. Claude Guéant, qui est devenu malgré lui chef du projet français à Abou Dhabi, en aurait déjà pris conscience.
La première faiblesse, selon des proches du dossier, repose sur la qualité de l'offre technologique française, l'EPR. Lorsque le consortium français s'est présenté il y a un peu d'un an à Abou Dhabi, il arriva très sûr de lui: la technologie nucléaire française, ne cessait-on de répéter, était la meilleure, la plus sûre. Certes, l'EPR était plus cher. Mais il présentait tant d'avantages de puissance, de sûreté, que le handicap du prix ne pouvait qu'être oublié. Bref, la France ne pouvait que l'emporter.
Pourtant, au fil des discussions, l'argument de l'avancée technologique a peu à peu perdu de sa substance. Comme tout gouvernement prêt à réaliser un investissement très lourd, l'engageant pour cinquante ans et plus, Abou Dhabi a étudié attentivement les offres. Les informations qui lui sont revenues sur l'EPR ne l'ont guère rassuré.