A Avignon, le gilet jaune Abdel Zahiri, ancien du NPA, est aujourd'hui en prison

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Membre des gilets jaunes d’Avignon Nord, Abdel Zahiri, militant pro-palestinien, a été condamné le 17 janvier à 4 mois de prison ferme avec mandat de dépôt pour une menace envers un policier. Pour les gilets jaunes du Vaucluse, il est devenu un « prisonnier politique ». Récit d’un parcours du NPA vers les gilets jaunes.

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« Libérez Abdel, on vous donne Benalla ! » Dans le tribunal d’Avignon ce 7 février, ils sont une quarantaine de gilets jaunes avec des tee-shirts « Free Abdel Zahiri », en soutien à celui qu'ils considèrent comme un « prisonnier politique ».

Gilets jaunes et militants pro-palestiniens au tribunal de grande instance d'Avignon le 7 février 2019. © LF Gilets jaunes et militants pro-palestiniens au tribunal de grande instance d'Avignon le 7 février 2019. © LF
Figure militante des quartiers populaires d’Avignon, cet homme de 40 ans, père de deux enfants, doit répondre d'entrave à la circulation des véhicules et de mise en danger d'autrui, sur l'autoroute A7 le 22 décembre. Ironie, Abdel Zahiri était arrivé en retard lors de cette opération escargot des gilets jaunes, mais les gendarmes ont exploité trois vidéos diffusées en direct sur son compte Facebook où « il reconnaît sa présence et sa participation ». « Mon seul but était de filmer pour montrer ce qu'il se passe », a-t-il déclaré lors de sa première garde à vue le 5 janvier.

En polaire noire, le visage juvénile derrière ses lunettes rectangulaires, Abdel Zahiri comparaît détenu. Il a été condamné en comparution immédiate le 17 janvier à 4 mois de prison ferme pour des menaces sur un policier. Il conteste ces menaces, mais n’a pas fait appel. Placé sous mandat de dépôt – ce qui est rare pour une peine aussi courte –, il est depuis détenu à la maison d’arrêt du Pontet.

À son casier judiciaire, figuraient deux condamnations à de la prison avec sursis, toutes deux liées à son militantisme : en 2010 pour violences sur un policier et incitation à la rébellion lors d’une action étudiante ; et en 2015 pour outrage à un commissaire de Carpentras à qui il avait lancé « Pétain, il est mort, mais vous, vous êtes toujours là ! » dans le cadre d’une action de la campagne de boycott visant Israël.

« On a voulu le mettre au silence, accuse son avocat Me Samir Hamroun. Les forces de l’ordre le traquaient à l’affût de toute infraction. Il est utilisé comme un exemple pour envoyer un message politique. » Ce 7 février, l'affaire est renvoyée à une audience collégiale le 6 mars.

Les yeux rougis, Samya Zakaria, présidente de l’association Red (Respect, égalité et dignité), dénonce une injustice. « Il n’est pas incarcéré en tant que gilet jaune, mais pour ses vingt-deux ans de militantisme, notamment pro-palestinien, déclare cette assistante d'éducation, âgée de 30 ans. Et il paie encore plus car c'est un Arabe issu des quartiers populaires. Ce n’est pas un leader, c’est un modérateur. »

Militant associatif des quartiers populaires d’Avignon, Abdel Zahiri a rejoint les gilets jaunes du Vaucluse en dénonçant l’islamophobie de leur porte-parole autoproclamé Christophe Chalençon, qui début décembre avait réclamé « un véritable commandant, comme le général de Villiers » à la tête de la France. « Il ne voulait pas que Chalençon nous représente à cause de son côté raciste », dit Azzedine, 40 ans, commerçant gilet jaune.

Plusieurs gilets jaunes nous indiquent que Chalençon, qui faisait partie de la délégation qui a rencontré Luigi Di Maio, le vice-premier ministre italien, le 4 février à Montargis, est désormais « interdit » de ronds-points dans le Vaucluse. « Tout le monde a compris ici que c’était un imposteur, il n’y a que la politique qui l’intéresse », dit l’un d’eux.

Abdel Zahiri a quant à lui été de toutes les actions des gilets jaunes, avec son ami Aïssa, lui aussi militant pro-palestinien. Il faisait partie du groupe de travail synthétisant les doléances et animait des directs sur les gilets jaunes diffusés sur Radio Palestine. « On a sympathisé, assisté aux réunions, relate Aïssa, 46 ans. Les gilets jaunes ont découvert cette population maghrébine. Macron n’a pas fait que de la merde, il a réuni des gens de tout bord et toute religion. »

Grâce au mouvement, l’agent de sécurité est fier d’avoir rencontré un député LREM du Vaucluse, le préfet, et d’entretenir des « rapports cordiaux » avec le colonel de gendarmerie, pourtant des gens qui « ne sont pas de [son] milieu ».

À la sortie du tribunal, Samia lit un mot de son mari, Abdel Zahiri, placé en détention provisoire, aux côtés de Mohamed, son ami d'enfance. © LF À la sortie du tribunal, Samia lit un mot de son mari, Abdel Zahiri, placé en détention provisoire, aux côtés de Mohamed, son ami d'enfance. © LF
Jocelyne, 63 ans, le côtoie depuis son adolescence. « Ils ont enfermé le plus calme, assure cette retraitée, ancienne fonctionnaire à la Sécurité sociale. Abdel est un pacifiste, il a organisé des manifestations pour la Palestine avec des milliers de personnes, sans aucun dérapage. »

Un peu en retrait des gilets jaunes, quelques militants pro-palestiniens sont venus soutenir Abdel, emprisonné « pour le faire taire ». Pour Mohamed, 35 ans, un ami d’enfance du quartier populaire La Rocade, Abdel était le grand frère, celui qui rassurait les parents. « Quand quelqu’un d’altruiste comme Abdel est emprisonné, on est tous en danger ! Si on regarde toutes les causes qu’il a défendues, le fil conducteur, c’est l’humain. Lui s’est appauvri en vingt ans de militantisme. »

Fils d’ouvriers agricoles marocains, Abdel Zahiri a été de tous les combats sociaux à Avignon, de la réforme des universités à celle des retraites. En 2005, il mène une grève de la faim pour obtenir des locaux de la mairie afin de faire de l’accompagnement scolaire. Puis, fait le pari de s'engager au Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) naissant de Besancenot, s’habillant par pure provocation en djellaba aux premières universités d’été du parti en 2009. « Eux, ils m'apprennent le marxisme, moi je leur apprends les Arabes », rigolait alors celui qui avait arrêté sa scolarité au brevet (lire le reportage de Stéphane Alliès en 2009).

Cette tentative d’ouverture aux quartiers populaires finit en controverse nationale autour de la candidature d'une jeune femme portant le voile, Ilham Moussaïd, sur les listes NPA du Vaucluse, aux régionales de 2010. Le comité du quartier populaire de La Rocade se déchire. Certains militants historiques de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), comme Jacques Fortin, dénoncent « une instrumentalisation de l’islam ».

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Mediapart avait rencontré Abdel Zahiri lors des universités d’été du NPA naissant en 2009, puis l’avait suivi en campagne après sa sortie du NPA en 2011 après l’affaire du voile. Apprenant son procès prévu le 7 février pour entrave à la circulation et mise en danger de la vie d’autrui, j’avais repris contact avec lui, intriguée par son parcours militant. Nous étions convenus de nous rencontrer lors d’un reportage à Avignon sur son groupe de gilets jaunes, mais il a été condamné en comparution immédiate pour menaces et incarcéré auparavant.