«Maintenant, le policier sert de punching-ball»

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Deux policiers ont été blessés le 31 décembre à Champigny-sur-Marne, et un autre le 1er janvier à Aulnay-sous-Bois. La vidéo d'une gardienne de la paix rouée de coups a suscité un grand émoi sur les réseaux sociaux comme dans la classe politique. Si ces agressions suscitent une surenchère des syndicalistes, certains fonctionnaires de police l'accueillent avec fatalisme.

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La viralité des réseaux sociaux a amplifié l’affaire. Les vidéos se sont propagées. Pourtant, en l’espèce, les mots se suffisent : une femme à terre a été rouée de coups par une dizaine d’individus parce qu’elle est policière. 

Capture d'écran de l'agression dont est victime une policière à Champigny-sur-Marne. © DR Capture d'écran de l'agression dont est victime une policière à Champigny-sur-Marne. © DR

Les faits remontent à la soirée du dimanche 31 décembre. Les forces de l’ordre interviennent, peu avant minuit, à la suite d’incidents déclenchés par plusieurs dizaines de personnes qui ont voulu forcer l'entrée d’une soirée privée à  Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne). Les policiers essuient des tirs de projectiles, selon la préfecture de police de Paris citée par Le Monde. Deux fonctionnaires du commissariat de Chennevières-sur-Marne, un officier et une gardienne de la paix, sont pris à partie à leur arrivée sur les lieux. Le premier souffre d'une fracture du nez et d'hématomes, la seconde, rouée de coups de pied, de nombreuses contusions. Les deux policiers se verront prescrire respectivement dix et sept jours d'incapacité totale de travail (ITT). Ali, un témoin de la scène intervenu pour secourir la policière, a raconté la scène dans différents médias (ICI, ICI et ). 

Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent une policière au sol, au milieu d‘un attroupement de plusieurs dizaines de personnes, et rouée de coups. La scène, choquante, embrase la classe politique.

« Les coupables du lynchage lâche et criminel des policiers faisant leur devoir une nuit de 31 décembre seront retrouvés et punis », réagit Emmanuel Macron sur Twitter. Le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, dénonce l’agression et, au sortir d’une rencontre avec les fonctionnaires blessés, promet sur Twitter que tout est « mis en œuvre pour que les lâches auteurs de ces actes inqualifiables soient appréhendés et condamnés ». Mardi matin, le ministre de l’intérieur a ajouté sur Europe 1 que la « société de la violence ne saurait continuer à exister » en France après l’agression des policiers, appelant à briser « une mécanique infernale » à l’œuvre dans certains quartiers populaires.

Le tweet du président de la République. © DR

Ce qui n’empêche pas l’opposition de se pousser du col. Le président des Républicains (LR), Laurent Wauquiez, réclame, toujours sur Twitter, des « actes fermes ». « Ce n’est pas d’une police de proximité dont nous avons besoin, mais d’une politique de sécurité », ajoute-t-il dans une allusion à la « police de sécurité du quotidien », voulue par Emmanuel Macron, qui doit être expérimentée en début d’année. Pour Marine Le Pen, qui s'est exprimée via un communiqué du Front national, « ces scènes d‘une rare violence viennent rappeler que perdure et s’amplifie dans notre pays, à côte de la menace terroriste, une insécurité confinant parfois à la guérilla urbaine ».

Alors que les politiques surenchérissaient à propos de l’agression de Champigny, deux autres policiers étaient pris à partie et l’un d’eux blessé à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Lundi 1er janvier vers 18 heures, les fonctionnaires souhaitent contrôler un scooter volé dans la cité des 3000 lorsqu’on s’en prend à eux. L'un d'eux, qui souffre de contusions à la tête et d'une entorse au poignet, s'est vu prescrire huit jours d'ITT. Son collègue a dû tirer en l’air pour se dégager. Au moins deux personnes ont été interpellées et placées en garde à vue.

La Place Beauvau a tenu à rester positive, soulignant que ces événements ne devaient pas « cacher » que « dans l’ensemble de la France, les gens ont pu jouir de la nuit de la Saint-Sylvestre de manière très pacifiée ». Au total en France, huit policiers et trois gendarmes ont été blessés, 510 personnes ont été interpellées, soit plus qu'en 2016 (454), et 1 031 véhicules ont été incendiés, un chiffre également supérieur à celui de l’an dernier (935), selon un bilan livré par le ministère de l’intérieur dans un communiqué. Près de 140 000 membres des forces de sécurité avaient été déployés dans tout le pays.

Les syndicats de police se sont eux largement indignés. Le syndicat Alliance, classé à droite, a titré un de ses communiqués « la Horde sauvage » pour décrire ceux qui avaient agressé leurs collègues de Champigny. Son représentant, Frédéric Lagache, contacté par Mediapart, réclame le « retour des peines planchers » – abrogées en  2014 – pour les agresseurs de policiers, évoque le « sentiment d’impunité » qui prévaudrait « chez certains délinquants ». « Il faut que le principe de la peur change de camp », ajoute-t-il.

Dans un communiqué de presse, Unsa-Police demande que les « courageux voyous, qui, à 50 contre un, ont roué de coups » leurs collègues « soient lourdement condamnés et effectuent réellement les peines, ce qui est loin d’être le cas en France… ». Le syndicat Alternative Police-CFDT s’est dit « choqué » et a exhorté les autorités à prendre des mesures pour que les « policiers puissent exercer dans des conditions optimales de sécurité ». « Ainsi, les patrouilles, qui plus est de nuit, doivent se faire en nombre suffisant et non à deux comme cela a été le cas à Champigny-sur-Marne », peut-on lire dans un communiqué.

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Cet article a été modifié dans la nuit de mardi à mercredi avec l'ajout du témoignage dans d'autres médias d'un jeune homme ayant secouru la policière blessée à Champigny-sur-Marne et divers éléments à propos du malaise policier.