Servier, Sanofi: l'industrie pharmaceutique licencie en masse

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C’est l’hécatombe dans le monde du médicament. Plus de 600 licenciements chez Servier, 600 emplois supprimés chez Sanofi sur les trois prochaines années, et des effectifs réduits à bas bruit chez Novartis. Premiers visés, les visiteurs médicaux.

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L’annonce est tombée en fin d’année dernière, entre les attentats de Paris et la COP21. Forcément, elle n’a pas fait grand bruit. Et pourtant, le choc a été brutal pour les 690 visiteurs médicaux de chez Servier, un mois avant Noël. « On a appris notre licenciement par mail, certains étaient dans leur voiture et l’ont su en écoutant la radio », se rappelle Karine, qui n’en revient toujours pas d’un tel traitement, après 23 ans d’exercice dans le laboratoire. 

Ce mardi 2 février, les visiteurs médicaux ont donc délaissé pour une journée leur secteur en région afin de squatter le siège du laboratoire en région parisienne, rassemblés pour la première grève de la maison Servier. Éparpillés habituellement sur toute la France, ils s’étreignent et s’embrassent, sur le parvis de Suresnes, avec à la main des pancartes dénonçant la « trahison » de leur employeur. « Tout le réseau commercial est mis dehors, y compris des directeurs régionaux, s’indigne Valérie, arrivée ce matin de l'est de la France. À l’heure actuelle, on ne sait pas qui va vendre les médicaments chez Servier. » 

Manifestation devant le siège de Servier à Suresnes, le 2 février 2016 © Mathilde Goanec Manifestation devant le siège de Servier à Suresnes, le 2 février 2016 © Mathilde Goanec

Les visiteurs médicaux sont lucides, ils savent que leur métier est sur la sellette. Le scandale du Mediator a durablement entaché la marque Servier et fragilisé l'ensemble de la profession, accusée de pousser les médecins à des prescriptions hasardeuses. Les visiteurs médicaux souffrent également du ralentissement de l'innovation dans l'industrie pharmaceutique. Mais la pilule est néanmoins dure à avaler. Chez Servier, 610 postes (657 selon les syndicats) vont être supprimés, avec peu d’espoirs de reclassement en interne. Près de 80 % de ces salariés sont des femmes. Le projet de réorientation stratégique du laboratoire vers l’oncologie, et donc le milieu hospitalier, ne convainc personne, car il n'offre de perspectives que pour une quarantaine d'employés. « 23 nouvelles molécules sont dans les tuyaux, dont neuf en oncologie », explique la direction. « Mais ces nouveaux produits ne nécessiteront pas de visiteurs médicaux comme  actuellement », concède Servier qui peste aussi contre « l’environnement du médicament » en France, responsable selon lui de la chute du chiffre d’affaires de 15 % dans l’Hexagone. Le laboratoire ne résisterait pas au « déremboursement », aux « baisses de prix imposées » par le gouvernement, ni aux « retards dans l’obtention d’AMM », soit l’autorisation de mise sur le marché, qui permet à un médicament d’entamer son parcours commercial. 

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« On nous parle de nouvelles molécules tous les trois ans, sans jamais rien voir venir, se plaint Marie-Pierre Juyoux, déléguée syndicale centrale CFDT. La direction fait un "pari financier" sur l’oncologie, alors que le domaine est déjà largement dominé par les grands Pfizer et Sanofi. On en paye le prix. » Et de rappeler les multiples aides dont a bénéficié le laboratoire pour pérenniser l’emploi, dont 107 millions d’euros en crédit impôt recherche rien que l’an dernier. « Ce choix brutal remet à l’ordre du jour la nécessité d’une loi contre les licenciements boursiers dans les entreprises réalisant des bénéfices, souligne à ce propos la députée de Nanterre-Suresnes, Jacqueline Fraysse, dans une lettre de soutien aux salariés. Il soulève également la question des aides publiques aux entreprises censées permettre la création d’emplois et non favoriser leur destruction. » Selon un communiqué d'Unsa Chimie, l'intersyndicale sera reçue au ministère du travail à la mi-février. 

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