Sur les plages du lac d’Annecy, le passe sanitaire est la dernière préoccupation des vacanciers

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Le passe sanitaire, qui doit être étendu le 9 août, est déjà en vigueur sur certaines plages payantes. Reportage à Saint-Jorioz, en Haute-Savoie, où les vacanciers se partagent entre une plage gratuite et une autre payante. 

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Saint-Jorioz (Haute-Savoie).– Se baigner sous un ciel bleu avec une vue sur les montagnes. C’est la carte postale dont viennent profiter les vacancières et les vacanciers de Saint-Jorioz, une commune de Haute-Savoie située à une dizaine de kilomètres d’Annecy. Au bord du lac, le drapeau est vert, et la température affiche 22°. Une chaleur, certes, timide pour un mois d’août, mais suffisante pour sortir les maillots de bain. « C’est la seule journée de la semaine où il ne pleut pas, on en profite ! », se réjouit une mère de famille, à l’entrée de la plage municipale. 

Avant de pouvoir y accéder, elle doit montrer son passe sanitaire. Car ici, « étant donné que c’est surveillé entre 9 h 30 et 17 h 30, on est obligés de contrôler les passes à l’entrée », explique Armand, la vingtaine, pendant qu’il scanne son 176e QR code de la matinée. « Habituellement, pour une journée comme celle-ci, en plein mois d’août, on a trois à quatre fois plus d’arrivées. Mais depuis cette mesure, c’est beaucoup moins fréquenté », regrette le jeune homme, derrière la petite vitre qui le sépare de la clientèle. 

Contrôle du passe sanitaire à l'entrée de la plage de Saint-Jorioz en Haute-Savoie. © YS / Mediapart Contrôle du passe sanitaire à l'entrée de la plage de Saint-Jorioz en Haute-Savoie. © YS / Mediapart

Si ces contrôles créaient des tensions les premiers jours, « on se faisait beaucoup insulter », témoigne Armand, aujourd’hui, elles ne sont plus d’actualité. Tout se fait dans le calme, les clients arrivent avec leur précieux sésame à la main. « Il n’y a même plus besoin de leur expliquer. »

Une fois le document contrôlé, le ticket acheté, et le portique passé, la crise sanitaire devient un sujet lointain. Sur le gazon, comme sur le sable, un vent de nonchalance plane au-dessus des serviettes. Ici, des enfants expérimentent leurs talents d’architectes en construisant des châteaux de sable. Là, des parents et des grands-parents apprennent les premières brasses aux petits enveloppés dans leurs bouées. Plus loin, certains feuillettent des magazines pendant que d’autres jouent au volley, le corps recouvert de crème solaire.

Henriette et ses petits-enfants déjeunent sur la plage de Saint-Jorioz en Haute-Savoie. © YS / Mediapart Henriette et ses petits-enfants déjeunent sur la plage de Saint-Jorioz en Haute-Savoie. © YS / Mediapart

Un carré blond et une frange qui retombe sur ses lunettes noires, le teint bien bronzé, Henriette, 70 ans, est installée sur l’herbe. Elle partage un déjeuner avec ses deux petits-enfants, âgés de 8 ans et « bientôt 6 ans », précise fièrement le plus jeune. Habitante du coin, la retraitée raconte venir à la plage de Saint-Jorioz depuis plusieurs années. Pour elle, avec ou sans passe sanitaire, cela ne change rien. « De toute façon, je suis vaccinée, donc je n’y pense même pas. Et pour les autres, eh bien, chacun fait ce qu’il veut ! »

Même son de cloche chez cette maman qui bronze avec sa fille. Venues de région parisienne, et toutes les deux vaccinées, elles veulent surtout « pouvoir profiter des deux jours de vacances qui [leur] restent tranquillement, loin de tous ces débats ». « Moi, franchement, le passe sanitaire, ça ne me fait ni chaud ni froid », lance l’adolescente de 18 ans. 

En pleine partie de Frisbee, Carine, robe à pois et paréo autour de la taille, se dit, elle, rassurée de n’être entourée que de gens vaccinés ou négatifs au Covid-19. « Je suis une personne à risque, plusieurs membres de ma famille le sont aussi. Alors je préfère faire attention, confie-t-elle. J’ai un proche qui est en réanimation depuis deux mois après avoir attrapé le Covid... C’est d’autant plus effrayant. » Pour la quadragénaire, « le passe sanitaire est une sécurité ».

Plage municipale de Saint-Jorioz, le 2 août 2021. © YS / Mediapart Plage municipale de Saint-Jorioz, le 2 août 2021. © YS / Mediapart

Seule une fine barrière sépare la plage privée d’un autre bord de lac où, cette fois-ci, l’accès est gratuit, mais non surveillé. De ce côté-là du grillage, l’espace est plus petit, mais l’ambiance demeure la même. Un groupe de jeunes joue au football, une baigneuse lance la balle à son chien, et des familles partagent des repas. 

C’est le cas de Cathy, assise sur le gazon, avec son mari et ses deux enfants. La famille prévoyait de se baigner à côté, « mais on n’a pas pu car il n’est pas vacciné », indique la quadragénaire en montrant son époux, allongé, lunettes de soleil sur le nez. Sans cacher son mécontentement, ce dernier explique qu’« à cause des contraintes, [il recevra] bientôt [sa] première injection, à contrecœur ». Louis, 24 ans, est lui doublement vacciné mais refuse de se soumettre à ce « système de contrôle ». « Je suis venu sur cette plage par hasard, je ne savais pas qu’il y avait le passe sanitaire pour accéder à celle d’à côté. Mais dans tous les cas, je compte boycotter les lieux où je dois montrer ce papier. Je ne veux pas avoir à me justifier », avance-t-il. 

Face à une telle réticence, dans la région, plusieurs communes ont décidé de rendre gratuit l’accès aux plages privées. L’objectif : attirer davantage de monde et éviter que les gens non vaccinés, faute de passe sanitaire, aillent se baigner dans des zones non sécurisées. 

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