A Quimper, les « bonnets rouges » font entendre une colère identitaire confuse

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Ils étaient plus de 12 000 à s’être rassemblés dans la préfecture du Finistère. Sans mots d’ordre précis, autre que « la Bretagne aux Bretons » et le rejet des taxes de l’État central.

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 Quimper, envoyé spécial

La confusion en action. Ce samedi à Quimper (Finistère), c’est un rassemblement indéfinissable qui a réuni entre 10 000 et 15 000 Bretons en colère contre, pêle-mêle, les taxes, les écologistes, l’État central, François Hollande, la technocratie, les licenciements. Difficile d’en comprendre réellement davantage, tant l’hétérogénéité de la manifestation ne pouvait guère laissait espérer de message plus structuré.

Manifestation des « bonnets rouges », à Quimper, le 2 novembre 2013 © S.A Manifestation des « bonnets rouges », à Quimper, le 2 novembre 2013 © S.A

Un seul point commun, comme marque de la seule revendication partagée : « La Bretagne aux Bretons », « Travailler au pays », et ces bonnets rouges abondamment vendus (5 euros pièce). Un hommage à une révolte locale de 1675, contre une taxe colbertiste (sur le papier timbré), qui semble en faire aujourd’hui fantasmer plus d’un, dans les rangs finistériens. Parmi l’affluence, et la trentaine de personnes interrogées, regroupant tous les âges, impossible de saisir bien plus que « la solidarité » affichée inlassablement, et la « fierté de se retrouver debout, tous ensemble ». Solidarité du peuple breton face aux licenciements (de plus en plus nombreux dans l’agro-alimentaire), face « aux taxes trop nombreuses », imposées par « les technocrates de Paris » ou bien « de Bruxelles », et contre « l’État jacobin » qui « empêche l’esprit d’entreprise local ».

Manifestation des « bonnets rouges », à Quimper, le 2 novembre 2013 © S.A Manifestation des « bonnets rouges », à Quimper, le 2 novembre 2013 © S.A

Sur la place de la Résistance, dos à la préfecture du Finistère barricadée et encerclée de CRS, peu de drapeaux d’organisation politique : quelques-uns du NPA, de la FNSEA, du comité des pêches et de la CGT-marine, de la CGPME, du parti breton, de l’UDB, de FO, des souverainistes de l'UPR, et un du groupuscule d’extrême droite Bloc identitaire. En revanche, des « Gwenn-ha-Du » par milliers et beaucoup de pancartes faites main, s’en prenant aux écologistes, à François Hollande, et encore et toujours aux taxes, dont on pourrait croire qu’elles accablent un territoire pourtant plutôt exonéré en la matière.

Si la CGT, rejointe par la FSU et Solidaires, a organisé au même moment à Carhaix un contre-rassemblement politiquement bien plus clair (et rassemblant plusieurs dirigeants nationaux du Parti de gauche ou d’Europe Écologie-Les Verts), celui-ci n’a rassemblé qu’entre 2 000 et 3 000 personnes. Quoi qu’en dise Jean-Luc Mélenchon (qui a qualifié la mobilisation quimpéroise de « rassemblement de nigauds, (…) esclaves manifestant pour leurs maîtres »), il paraît compliqué de soupçonner un quelconque agenda politique caché dans la foule de Quimper, incontestablement à majorité populaire, tant leurs revendications paraissent imprécises. Dans le cortège, on croise aussi bien l’anticapitaliste Philippe Poutou que le député UMP Marc Le Fur ou des élus socialistes de la ville.

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