«Gilets jaunes»: le gouvernement est déterminé à en finir

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Les gilets jaunes, c’est fini ! C’est en tout cas ce qu’exige le gouvernement qui, par la voix de son porte-parole, a qualifié « d’agitateurs qui veulent l’insurrection » ceux qui s’apprêtent à manifester ce week-end. Le pouvoir assume plus que jamais la violence policière.

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Il n'est désormais plus question d'« écoute » ni d'« humilité ». Le pouvoir est déterminé à en finir avec le mouvement des « gilets jaunes » qui, depuis huit semaines, le menace directement par une contestation d'une ampleur inédite. Un « acte VIII » est à nouveau annoncé ce samedi sur les nombreux groupes Facebook des gilets jaunes (lire ici ou ici) : manifestations dans plusieurs grandes villes en province (Lyon, Toulouse, Marseille, Bordeaux, Marseille) ; réoccupations de ronds-points ; manifestation à Paris.

Dans la capitale, une manifestation déclarée en préfecture doit débuter en début d'après-midi devant l'Hôtel-de-Ville pour se diriger ensuite vers l'Assemblée nationale. La préfecture de Paris n'avait pas précisé, vendredi après-midi, si ce parcours était autorisé. Une autre manifestation, cette fois des « femmes gilets jaunes », est annoncée dimanche dans la capitale. Leurs organisatrices promettent « une action coup de poing ». « Prenons exemple sur la Révolution française, où les femmes ouvraient le cortège pour aller y trouver le roi », écrivent-elles pour annoncer l'événement.

Manifestation à Paris en décembre 2018. © (dr) Manifestation à Paris en décembre 2018. © (dr)

Samedi, devant la mairie de Paris, le collectif de gilets jaunes constitué autour de Priscillia Ludosky et Éric Drouet présentera ses « vœux » au président de la République. Il s'agit d'un long texte de quatre pages adressé à Emmanuel Macron (il est à lire ici). Après une dénonciation en règle des violences policières, des violations de l’« État de droit et des libertés individuelles », le collectif s'en prend directement au chef de l’État. « Prenez-vous un seul instant conscience que les propos que vous tenez devant l'ensemble du peuple de France sont de véritables appels à la révolte citoyenne voire à la guerre civile pour ceux qui n’ont plus rien ? », est-il écrit.

« Souvenez-vous de la révolution orange ukrainienne », ajoutent les rédacteurs de ce texte pour demander au chef de l’État la mise en place d'une négociation, et non le grand débat national annoncé par Emmanuel Macron le 10 décembre et qui doit se tenir jusqu'au 15 mars. « Changez d'attitude et accueillez-nous autour d'une table pour discuter. Nous nous défions de la mise en place de votre plan de consultation nationale. Nous le considérons comme un piège politique pour tenter de noyer le sujet », estiment-ils.

À Rouen, le collectif des gilets jaunes a également rendu publique une adresse au président, rédigée par son porte-parole, l'avocat François Boulo. « Nous vous mettons solennellement en garde : vous ne pourrez traiter la colère et le désespoir qui s’expriment partout en France ni par le mépris, ni par l’indifférence, ni par la force […]. Entendre le peuple qui s’exprime est votre devoir. Lui apporter des solutions concrètes doit désormais être votre seule urgence », écrit-il (le texte est à lire ici).

La récente interpellation d’Éric Drouet, l'une des figures des gilets jaunes, son placement en garde à vue jusqu'à jeudi après-midi et les poursuites judiciaires engagées contre lui devraient aider à relancer le mouvement, espèrent de nombreux coordinateurs, après les plus faibles mobilisations de la fin de l'année.

Éric Drouet a d'ailleurs expliqué vendredi avoir tendu un piège au gouvernement, s’« être joué des médias » et fait un coup de communication en organisant un petit rassemblement mercredi soir, place de la Concorde, qui a provoqué cette interpellation puis déclenché durant vingt-quatre heures de vives polémiques sur les réseaux sociaux et les télés d'information en continu (lire le détail ici).

Face à un tel mouvement social, qui a traversé sans trop d'encombres les fêtes et vacances de fin d'année et menace de dicter l'agenda social et politique des semaines à venir, le pouvoir est déterminé à reprendre la main. Emmanuel Macron avait donné le ton lors de ses vœux du 31 janvier, abandonnant autocritiques et « humilité » pour dénoncer ceux qui « prennent pour prétexte de parler au nom du peuple – mais lequel, d’où ? Comment ? Et n’étant en fait que les porte-voix d’une foule haineuse, s’en prennent aux élus, aux forces de l’ordre, aux journalistes, aux juifs, aux étrangers, aux homosexuels, c’est tout simplement la négation de la France ! ».

Écartant toute idée de « changement de cap », le chef de l’État avait d'abord insisté sur le « rétablissement de l'ordre républicain qui sera assuré sans complaisance » et le « respect de l’État de droit ». Vendredi, à la sortie du conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a encore haussé le ton, reprenant l'idée d'un mouvement de « factieux », selon le terme utilisé par le ministre de l'intérieur Christophe Castaner début décembre.

Cette fois, à en croire le porte-parole du gouvernement, ce mouvement, « pour ceux qui restent encore mobilisés, est devenu le fait d’agitateurs qui veulent l’insurrection et, au fond, renverser le gouvernement ». Pour preuve, ajoute-t-il, « ceux qui appelaient à débattre ne veulent d'ailleurs pas participer au grand débat national ». Un débat dont il a d'ailleurs à nouveau resserré le cadre : « Il ne doit pas être un grand déballage ni une volonté de rejouer l'élection de 2017, mais un moment de dialogue nourri à l'issue duquel se formuleront des propositions. »

En attendant ce débat, l'heure est donc maintenant à la répression, et le gouvernement s'y emploie par tous les moyens. Il y a quelques jours, la ministre de la justice avait demandé aux parquets de requérir des peines plus sévères (lire l'article de Mathilde Goanec et de Matthieu Suc). De son côté, le ministre de l'intérieur Christophe Castaner a demandé, le 29 décembre, aux préfets de continuer « la libération complète et définitive » de la « centaine de points de rassemblement » subsistant en France, par le recours à la force publique, des interpellations et des verbalisations.

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