Souffrance au travail: les entreprises publiques sont-elles «exemplaires»?

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Fin septembre, la ministre de l'économie Christine Lagarde envoyait une lettre aux dirigeants d'entreprises dont l'Etat est actionnaire. Après la série de suicides à France Télécom, encore détenue à 27% par l'Etat, elle leur demandait de se montrer «exemplaires». Mediapart a demandé à treize entreprises concernées d'indiquer les réponses faites à la ministre. Trois (Air France, Areva, Nexter) n'ont pas répondu. Certaines, au contraire, ont déjà établi des plans d'actions... Tour d'horizon.

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Fin septembre, alors que la crise chez France Télécom faisait la une de l'actualité, la ministre de l'économie a fait parvenir un courrier aux dirigeants d'entreprises publiques, ou bien dont l'Etat est actionnaire.

Dans cette lettre-type [ci-contre, celle envoyée au PDG de GDF Suez, Gérard Mestrallet], la ministre évoque la crise chez l'opérateur télécom et la vaste restructuration menée entre 2006 et 2008, qui a profondément déstabilisé l'entreprise: «Les événements tragiques qui se sont produits au cours des dernières semaines chez France Télécom ont amené le Gouvernement à réagir promptement et vigoureusement [...] Je vous demande, de la même manière, de veiller tout particulièrement à la politique de votre entreprise en matière de gestion et d'accompagnement des salariés.»

 

«Je souhaite en effet que les entreprises dans lesquelles l'Etat est actionnaire soient exemplaires [...] Tout effort d'adaptation qui serait nécessaire pour renforcer la compétitivité de votre entreprise doit impérativement être mené dans le cadre d'une stratégie durable d'accompagnement humain.» Et la ministre de demander des précisions sur la façon dont l'entreprise anticipe ses mutations, ainsi que «l'existence d'éventuels dispositifs de détection et de prévention des situations de détresse ou de fragilité».

 

A quoi va servir ce courrier? Le ministère de l'économie, sollicité à de très nombreuses reprises, n'a pas retourné notre appel. Il est donc impossible de savoir si ce courrier sera suivi d'effets ou s'il n'était qu'un coup de communication du ministère en pleine émotion sur les suicides à France Télécom.

 

Mais l'interpellation de la ministre nous a donné une idée: et si nous demandions à chacune de ces entreprises ce qu'elle a répondu? De fait, la plupart ont connu des évolutions importantes au cours des dernières années (changement de statut, ouverture à la concurrence, fusion, entrée au capital d'actionnaires privés...). Sont-elles à l'abri d'un syndrome France Télécom?

 

A treize de ces entreprises – les plus importantes, les plus connues –, nous avons envoyé le même questionnaire, à télécharger sous l'onglet Prolonger (avec les réponses). Il comportait quatre questions précises:

 

1. Votre entreprise a-t-elle répondu à ce courrier? Si oui, quand?
2. Par souci de transparence, pourriez-vous nous procurer une copie de la lettre envoyée à la ministre?
3. A défaut, ou si vous ne l'avez pas envoyée, quelles réponses avez-vous données à la ministre?
4. Ces sujets ont-ils déjà fait l'objet de discussions au sein de vos conseils d'administration? Les représentants de l'Etat ont-ils déjà «suscité» de tels débats et «y ont-ils participé activement» comme l'exige la ministre à la fin de son courrier.

 

Bien sûr, les réponses collectées ne sont pas parole d'évangile... Elles ne permettent pas d'évaluer précisément l'efficacité des dispositifs de prévention mentionnés. Mais elles permettent tout de même de mesurer:

 

Si ces entreprises se montrent transparentes dans leur communication : envoient-elles spontanément leur correspondance avec la ministre ? En réalité, seules deux l'ont fait, La Poste et Renault... ; donnent-elles beaucoup de précisions ou tentent-elles au contraire de noyer le poisson?

 

• Leur degré de prise de conscience, évalué selon plusieurs facteurs : l'ancienneté et l'ampleur des dispositifs de prévention, la façon dont les médecins du travail y sont associés, la présence ou non de psychologues, l'existence d'enquêtes auprès du personnel sur le mal-être et/ou d'observatoires de la santé au travail...

 

Les résultats? En page 2, la liste des entreprises qui ont répondu, celles qui se sont abstenues, les réponses les plus complètes... et les entreprises les moins transparentes. Et des pages 3 à 5, le dispositif de chacune des entreprises interrogées. Où l'on remarque que certains sont très élaborés... et d'autres beaucoup plus flous...

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Entre le mercredi 21 et le jeudi 29 octobre, j'ai tenté de joindre à au moins six reprises, par téléphone, Jean-Marc Plantade, chef du service de presse de Christine Lagarde et ancien journaliste au Parisien, pour savoir quelles suites la ministre entendait donner à ce courrier. M. Plantade n'a jamais retourné mon appel.

 

Le questionnaire (cliquer pour le télécharger) a été envoyé le 21 octobre aux services de presse des plus grandes entreprises détenues par l'Etat à savoir : Air France-KLM, Aéroports de Paris, Areva, CNP, Dexia, EADS, EDF, GDF Suez, Nexter, La Poste, Safran, SNCF, Thalès.... J'ai donné comme date limite d'envoi des réponses le 26 octobre au soir, délai en fait prolongé de quelques jours. Durant ce délai, j'ai relancé ces entreprises à plusieurs reprises par courrier électronique. Les réponses sont à lire dans leur intégralité sous l'onglet Prolonger.

 

La plupart des entreprises ont répondu par courrier électronique. Safran, alliance des activités aéronautiques de Snecma et du spécialiste des systèmes de navigation Sagem, a fait répondre son numéro deux, Dominique-Jean Chertier, par téléphone. GDF Suez a fait parvenir, après expiration du délai, un simple document Powerpoint...

 

Ce questionnaire permet d'évaluer la transparence des entreprises et de comparer les dispositifs qu'elles ont adoptés contre le mal-être au travail. Il ne s'agit pas d'une évaluation des dispositifs en eux-mêmes – des enquêtes sont en préparation sur des entreprises citées dans l'article.

 

Chaque réponse est évaluée selon deux critères :
> le degré de transparence de la réponse (évalué selon un système de + et de –),
> le degré de prise de conscience (idem).

 

La notation (de + à + + + et de – à – – –) est simplement indicative. Il n'a pas été établi de "palmarès", la démarche me semblait un peu vaine...