Comment Eiffage a décroché le marché de l'hôtel de police de Lille

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En marge de l'affaire du Carlton, un marché de construction lillois datant de 2008 pourrait intéresser les enquêteurs. Il s'agit de l'hôtel de police de Lille: le préfet délégué à la sécurité de l'époque serait intervenu en 2005 pour éviter que l'offre d'Eiffage, la moins chère mais initialement non conforme, ne soit éliminée.
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En marge de l'affaire du Carlton, dans laquelle le directeur d'une filiale d'Eiffage a reconnu avoir fait prendre en charge par sa société des voyages à Washington en compagnie de deux chefs d'entreprise locaux proches du PS et de deux policiers lillois de haut rang, un marché de construction lillois pourrait intéresser les enquêteurs.

Il se trouve presque sous leur nez puisqu'il s'agit de l'hôtel de police de Lille, un bâtiment «ultramoderne», en service depuis février 2008 et réalisé par Eiffage Construction, leader régional dans le domaine du bâtiment. Eiffage qui a également obtenu l'énorme marché du Grand Stade de Lille dans des conditions pour le moins controversées (lire notre enquête ici)...


Selon deux témoignages recueillis par Mediapart, le ministère de l'intérieur aurait fait pression en 2005 pour qu'une filiale d'Eiffage Construction obtienne ce marché, en dépit d'une offre initiale non conforme au cahier des charges. Contactée le 3 novembre 2011, la direction d'Eiffage a démenti.

Abritant 1.700 policiers et l'ensemble des services lillois et départementaux (sauf la PJ), ce bâtiment en béton brut et aux lignes dures est l'un des plus gros hôtels de police de France. Sur ce chantier de 32 millions d'euros, le lot le plus important, celui du gros œuvre, a été attribué en février 2005 à la SAE, une filiale d'Eiffage Construction. Pourtant l'offre du groupe de BTP avait initialement été jugée non conforme, car elle ne correspondait pas aux prestations demandées.

Le bâtiment dessiné reposait sur un schéma structurel en béton, avec des murs porteurs coulés sur place, tandis qu'Eiffage proposait de simplement coller des préfabriqués de béton sur les façades. Ce qui lui permettait de présenter un prix bien inférieur au budget fixé par le ministère (20 millions d'euros au lieu des 22 millions d'euros estimés).

Selon deux sources qui ont souhaité rester anonymes, début 2005, Roger Marion, alors préfet délégué à la sécurité à Lille, a demandé à ses services de revoir leur rapport et de trouver une solution afin que l'offre d'Eiffage ne soit pas éliminée par la commission des marchés. «Habituellement, dans un marché public, une offre qui propose de fortes variantes par rapport aux prestations demandées est éliminée d'office», explique l'un de nos interlocuteurs.

Contacté le 2 novembre, Roger Marion, aujourd'hui préfet hors-cadre, dément être intervenu et met en cause le ministère lui-même. «Tout ceci est absolument faux, la décision a été prise à la Depafi (la direction des affaires immobilières du ministère de l'intérieur, ndlr), affirme l'ex-patron de l'antiterrorisme. Je n'ai pas voulu prendre la décision, tout cela a été réglé à Paris.»

Début 2005, l'offre d'Eiffage est hâtivement modifiée pour coller au cahier des charges. «La maîtrise d'œuvre avait noté un certain nombre de non-conformités sur les techniques de construction, mais Eiffage s'est mis en ligne», explique Marianne de Battisti, à la direction générale d'Icade, qui était assistant à la maîtrise d'ouvrage.

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