Le cardinal Barbarin, condamné par la justice, va présenter sa démission au pape

Par Daphné Gastaldi, Mathieu Martiniere Et Mathieu Périsse (We Report)

C’est un jugement historique. Ce jeudi 7 mars, au tribunal correctionnel de Lyon, le cardinal Barbarin a été condamné à six mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d’abus sexuels sur mineurs dans l’affaire du père Preynat. Il a annoncé dans la foulée qu’il allait présenter sa démission au Vatican.

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C’est un cataclysme pour l’Église catholique. Le cardinal Barbarin a annoncé qu'il allait présenter sa démission au Vatican, après l'annonce de sa condamnation à six mois de prison avec sursis. C’est la première fois en France qu'un si haut responsable de l’Église, primat des Gaules et archevêque de Lyon, est reconnu coupable pour non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs. Après quatre ans de combat des victimes, son intention de « préserver l’institution » est écrite noir sur blanc dans le jugement en première instance.

Sans un bonjour à la presse rassemblée à la hâte dans la maison diocésaine de Lyon, le cardinal Barbarin, visage fermé, a pris acte de sa condamnation et a annoncé qu'il allait rencontrer « dans les prochains jours » le pape pour lui présenter sa démission. Dans une allocution de vingt secondes, le cardinal a fait part de sa « compassion à l'égard des victimes » et de « la place qu'elles occupent dans [s]es prières ».

Le cardinal Barbarin a prononcé quelques mots face à la presse après l'annonce du jugement © DG Le cardinal Barbarin a prononcé quelques mots face à la presse après l'annonce du jugement © DG

Quelques heures plus tôt, soulagés après des années de combat, les victimes et leurs avocats s’étreignent vivement, s’essuient les yeux. L’émotion est palpable dans la salle, la même qui a accueilli le procès Barbarin, un marathon de quatre jours qui s’est tenu à Lyon début janvier. En sept minutes chrono, la juge Brigitte Vernay a rendu son jugement : le tribunal « déclare Philippe Barbarin coupable de l’infraction de non-dénonciation de mauvais traitements, privations ou atteintes sexuelles infligés à un mineur de 15 ans commises depuis juillet 2014 et jusqu’au 5 juin 2015 à Lyon », dans l’affaire du père Bernard Preynat.

Au fond de la salle, une dizaine d’avocats venus en curieux n’en reviennent pas. « Je pense que ce sera une décision qui fera date dans l’histoire des infractions de non-dénonciation d’agressions sexuelles. On espère qu’il y aura un avant et un après », a réagi maître Emmanuelle Haziza, avocate de l’une des victimes, Pierre-Emmanuel Germain-Thill.

Les cinq autres personnes citées à comparaître ont été relaxées. L’un d’entre eux, Mgr Brac de La Perrière, a été sauvé par la prescription des faits. Mais l’infraction de non-dénonciation d’agressions sexuelles était constituée.

Le cardinal Philippe Barbarin était cité à comparaître pour non-dénonciation d’agressions sexuelles et non-assistance à personnes en péril, dans l’affaire du père Bernard Preynat, qui a fait près de soixante-dix victimes chez les scouts de Sainte-Foy-lès-Lyon (Rhône) entre 1972 et 1991. Pierre Durieux, l’ancien directeur de cabinet du cardinal, était accusé d’avoir eu connaissance de faits d’agressions sexuelles entre 2014 et 2015, jusqu’à la date du dépôt de plainte d’Alexandre Dussot-Hezez, victime du Père Preynat qui a lancé l’alerte et cofondé l’association des victimes La Parole libérée.

Trois clercs, le père Xavier Grillon, ancien vicaire épiscopal à Roanne où exerçait dernièrement Bernard Preynat, Mgr Maurice Gardès, évêque d’Auch, et Mgr Thierry Brac de La Perrière, évêque de Nevers, étaient accusés d’avoir eux aussi été alertés à des degrés divers depuis la fin des années 1990, sans avoir mené de démarches judiciaires.

À la sortie du tribunal, François Devaux paraît soulagé. « La justice divine n’est pas la même que la justice des hommes. Nul n’est au-dessus des lois », a réagi le président de La Parole libérée. « Il n’y a pas de triomphalisme à faire, mais c’est une grande victoire pour la protection de l’enfance. » Ces dernières semaines, les neuf victimes qui ont cité à comparaître le cardinal Barbarin y croyaient de plus en plus. « Je suis en colère contre le déni, cette esquive permanente des responsabilités. Cette condamnation met en évidence un système de silence. Le premier maillon est brisé », lâche François Devaux.

« On espère que ça fera jurisprudence et que l’institution arrêtera la non-dénonciation. Le cardinal Barbarin manque de respect. Il n'est pas venu assister au délibéré de son propre procès, je trouve ça scandaleux », ajoute Pierre-Emmanuel Germain-Thill, autre victime de Bernard Preynat et l’un des porte-parole de La Parole libérée.

Du côté de la défense, les avocats de Philippe Barbarin comptent déjà faire appel et dénoncent un procès-spectacle. « On n’a jamais vu un procès avec des documentaires, un film diffusé avant, avec une telle pression médiatique et une telle façon d’alimenter l’accusation contre quelqu’un. Tout cela mérite réflexion », déplore maître Jean-Félix Luciani, l’un des deux avocats de Philippe Barbarin.

Son confrère André Soulier, l’autre avocat du cardinal, se montre un instant devant les caméras : « Vous avez vingt-quatre heures pour maudire vos juges et dix jours pour faire appel », avant de disparaître. Le ton est donné. « Il fallait donner satisfaction aux molochs, les dévoreurs », regrette ce ténor du barreau de Lyon, faisant allusion à la médiatisation du procès.

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