16. Le FN et la culture

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Décryptage des propositions en matière de culture de Marine Le Pen.

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Du vent, mais revanchard. Dans le programme du Front national, sous la rubrique « avenir de la nation », se donne libre cours un passéisme de fer : la culture est un temple (le patrimoine) où de vivants piliers (les Français de souche) laissent parfois sortir de confuses paroles (le programme en question).

La logique frontiste est abstruse : soyons figés sur nos valeurs ancestrales et intangibles, nous déboucherons ainsi sur un dynamisme créateur, une information libre, une navigation déchaînée sur la Toile...

Ce texte, empli de télescopages brouillons, commence par un tableautin de la nation, « vieille terre humaine ». Cela ressemble vaguement à du Lavisse assimilé à la va-comme-je-te-pousse. Les plus de soixante ans se souviendront des leçons de jadis, quand l'héritage de la France défilait, roide et comme au garde-à-vous : les origines (les sociétés primitives, les peuples historiques), la Gaule indépendante et la conquête romaine... Voici donc que se dresse, pour le FN, l'« héritière de plusieurs des plus grandes civilisations qu'a connues l'Histoire ». Il s'agit, selon un programme qui se fait d'emblée catéchisme, de « maintenir une ambition qui soit à la hauteur de cette exception française ».

Les hâbleries du préambule se poursuivent dans la prétendue « analyse » du supposé programme. S'y mêlent la peur des vandales (nos chers édifices sont dégradés), la haine de l'étranger (une « globalisation mondialiste » menace notre langue), la démagogie populiste (Jean Vilar, anschlussé sans vergogne, y devient l'apôtre « des goûts et des attentes de notre peuple »).

L'imposture est patente. Vilar voulait « un élitisme pour tous » et se vouait donc à une politique de l'offre. Le FN, finalement populaire pour personne, table sur la demande : « L’État raisonne trop en termes d’offre, ou de modes, ignorant les attentes des Français. » Le résultat fut au reste désastreux (programmation médiocre, chantage aux subventions, chasse aux sorcières), dans les villes naguère gérées par le parti d'extrême droite : Orange, Vitrolles, Marignane et en particulier Toulon (cf. Châteauvallon, ou la Fête du Livre).

Les « mesures » qui suivent tiennent du catalogue indigent au possible. On certifie une transparence dans les nominations pour faire cesser les « stériles [NB : en est-il de fructueux ?] copinages » (il faut comprendre : éradiquer la gauche de son biotope). La marque de fabrique gît au cinquième point : « L’exception culturelle n’étant rien d’autre que la priorité nationale appliquée à la culture. » Repli sur soi plutôt que pas vers l'altérité, la culture tient ici de la herse qui s'abaisse, du pont-levis qui se relève, de la digue enfin édifiée...

Le reste relève d'une restauration revendiquée : les monuments, la langue, la province. Et puis l'Académie française redeviendra l'Académie française, le prix unique du livre demeurera le prix unique du livre, « le système de l’avance sur recette sera préservé ». On nous fait même miroiter la création d'une banque de terminologie qui existe déjà, tout en prétendant appliquer la loi Toubon (1994) relative à l'emploi de l'idiome national dans l'Hexagone. Quant à la liberté d'expression, elle serait, comme de bien entendu, garantie voire renforcée.

Bref, ce programme culturel se résume à la tautologie gaullienne (paradoxe piquant pour les héritiers de Vichy et de l'OAS) : « Ce qui reste à faire reste à faire ! »

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