Les rebondissements se succèdent dans l'affaire Bettencourt. Ils se concentrent autour de l'ex-comptable de la milliardaire, Claire Thibout. Après ses déclarations spectaculaires évoquant notamment des versements d'espèces à des personnalités de droite, recueillies lundi 5 juillet par les policiers puis par Mediapart (et publiées le 6 juillet au matin), Claire Thibout serait revenue sur ses déclarations, dans la soirée du mercredi 7 juillet, comme l'ont martelé avec jubilation les proches de Nicolas Sarkozy – et la présidence de la République elle-même via un communiqué inédit.

Ce constat a été appuyé par la diffusion (par exemple par Lefigaro.fr) dans la journée de quelques extraits soigneusement sélectionnés de l'interrogatoire de Mme Thibout.

En fait, la lecture de son audition, dont lemonde.fr a en revanche publié jeudi après-midi des extraits plus complets, et dont Mediapart reproduit en exclusivité le contenu intégral (à lire ici), suggère tout autre chose. La comptable a par exemple mis en cause nommément davantage de personnalités politiques qu'elle ne l'avait fait jusque-là. Elle a bien décrit l'hôtel particulier des Bettencourt, à Neuilly-sur-Seine, où elle a été en fonction de mai 1996 à novembre 2008, comme ayant été le théâtre de remises régulières d'enveloppes en espèces à des hommes politiques de premier plan.

Elle a réitéré ses accusations concernant l'épisode Patrice de Maistre/Eric Woerth, à savoir la remise par le premier au second d'une somme de 150.000 euros destinée au financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, en 2007. En revanche, elle a à plusieurs reprises minoré ou nuancé certaines déclarations qu'elle avait faites à Mediapart, notamment s'agissant de la remise d'argent liquide à M. Sarkozy.

Mme Thibout a surtout tenu à préciser, à plusieurs reprises, qu'elle n'avait «jamais assisté à une remise d'enveloppes» aux politiques. Une précision importante... qui figurait déjà, bien entendu, dans les propos de Mme Thibout reproduits dans notre article du 6 juillet. Sur le fond, qu'a donc déclaré l'ex-comptable, à l'issue d'une énième audition au cours de laquelle, il faut le rappeler, elle n'a pas pu bénéficier de l'assistance d'un avocat, et où la plupart des questions semblaient avoir pour seul objet ses déclarations à Mediapart?

D'abord, s'agissant des politiques, elle a confirmé qu'«il y avait souvent des hommes politiques à la maison. Je n'ai pas parlé de “défilé” ni qu'ils venaient surtout lors des élections. Je lui (le journaliste de Mediapart, NDLR) ai seulement dit que souvent ces messieurs venaient pour avoir de l'argent».

A la question du capitaine de la brigade financière (BF) qui a procédé à son audition: «Quels étaient les autres hommes politiques qui selon vos déclarations à Mediapart ont été concernés par des remises d'espèces?», Mme Thibout a eu une repartie traduisant son embarras, pour ne pas dire sa peur: «Vous ne pouvez pas me demander ça.» Et d'ajouter: «M. et Mme Bettencourt étaient des personnes généreuses et il y a eu beaucoup de personnes politiques qui ont reçu de l'argent. Je ne serai pas exhaustive et je ne veux pas faire de la délation. Pour ce qui est de M. Woerth s'il n'y avait pas eu les histoires de carnets je n'en aurais jamais parlé à personne.» Concernant l'identité de ces hommes politiques qui se pressaient à la table des Bettencourt, elle a assuré: «Il y en avait beaucoup.»